L’Arsenal des Galères Cours Honoré d'Estienne d'Orves, 13001 Marseille
5380
L’Arsenal des Galères
Arrondissement : 1er

L’arsenal des galères fut un ancien arsenal militaire construit par Colbert dans la deuxième moitié du xviie siècle pour accueillir et armer les galères du roi Louis XIV. Il ne fut pleinement opérationnel que moins de cent ans, les galères perdant rapidement leur rôle dans les marines de guerres au profit des vaisseaux. L’Arsenal accueillit jusqu’en 1748 les condamnés aux travaux forcés, les galériens. Il était situé sur les rives est et sud du Vieux-Port et, bien qu’aujourd’hui il n’en reste pratiquement rien, son emplacement marque encore l’urbanisme de la ville.

Le siège de Massalia par Jules César

Du temps des Romains, Marseille disposait déjà d’un arsenal de galères. Dans sa guerre contre César, Pompée envoie sept galères en renfort à Marseille pour attaquer la flotte de César avec 17 galères, dont onze pontées.

L’arsenal de Marseille comptait à demeure 10 galères, dont plusieurs pontées. L’arsenal abritait également une zone où l’on « fabriquait des armes ». Cette enclave militaire se trouvait sur la rive sud du Lacydon, au Plan Fourmiguier (de l’actuel quai des Belges jusqu’à l’ancien bassin de carénage).

En 1296, Charles II d’Anjou, puis, plus tard, Charles VIII (1495) et enfin Louis XIV, par Colbert (seconde moitié du xviie siècle), font successivement reconstruire ou réaménager l’arsenal, pour accueillir et armer les « galères du roi », de Naples ou de France.

Marseille était un important port de guerre français sur la mer Méditerranée. L’arsenal des galères fut occupé de façon discontinue. Dans sa dernière période, il ne fut opérationnel que moins de cent ans, Louis XV supprimant les galères (27 septembre 1748), lesquelles avaient perdu au début du xviiie siècle leur rôle dans les marines de guerre au profit des vaisseaux.

L’arsenal accueillit jusqu’en 1748 les condamnés aux travaux forcés, les galériens. Il était situé à l’est et au sud du Vieux-Port et, bien qu’aujourd’hui il n’en reste pratiquement rien (la Capitainerie, et par ailleurs une ancienne discothèque des années 1960, « l’Arsenal des Galères », permettait d’observer les cellules taillées dans la roche de la colline de Notre-Dame de la Garde, enfin le chenal d’accès et le bassin des galères, ont été comblés dans les années 1910), son emplacement marque encore l’urbanisme de la ville.


Arsenal des Comtes de Provence

Charles 1er d’Anjou lors de son couronnement

Il n’a pas encore été retrouvé de traces de l’arsenal du temps des Romains. Les comtes de Provence, rois de Naples, créent à la fin du xiiie siècle un port de guerre à Marseille. Charles Ier d’Anjou y fait établir un arsenal où sont construites des galères. Il s’agit en fait de tercenaux, c’est-à-dire des sortes de hangars où l’on remise les mâts, cordages, voiles, poulies, rames et l’artillerie.

Il rassemble une quarantaine de galères qui participent à des combats contre la flotte du roi d’Aragon. La flotte provençale est commandée par un amiral, comme Barthélemy Bonvin, qui sert également sous Charles II le Boiteux ou Guillaume Cornut (ou Cornuti) tué à la bataille navale de Malte le 8 juillet 1283. Il est indépendant de l’amiral de Sicile, et agit sous les ordres directs du roi.

En 1296, Charles II crée une amirauté spéciale en Provence et se fait concéder, à la demande de son sénéchal de Provence, par la ville de Marseille, les chantiers du Plan Fourmiguier, zone située au fond du Vieux-Port, soit à l’emplacement de l’actuel quai des Belges.

Plan Fourmiguier (Maquette Musée d’Histoire de Marseille)

Le nouvel amiral est Richard de Lamanon, garde de l’arsenal et des galères de Marseille. L’amiral de Provence a pour tâche de nommer les capitaines des galères et d’exercer un pouvoir civil et criminel sur tous les hommes appartenant à la flotte. Cette organisation perdure jusqu’à la fin du règne de Charles II.

La ville de Marseille a du mal à se faire restituer l’usage du plan Fourmiguier. Ce sera chose faite en 1320, date à laquelle les fustiers (charpentiers) reprennent leur activité dans ce lieu. Le roi Robert le Sage ordonne la création de nouveaux tercenaux à l’est du quai de Rive-Neuve pour la fabrication de galères, afin de poursuivre la reconquête de la Sicile, perdue après les vêpres siciliennes.

Le roi de France Charles IV le Bel qui envisage d’entreprendre une nouvelle croisade, fait construire des galères à Marseille, probablement dans les tercenaux de son cousin le roi Robert. Ces bâtiments seront abandonnés dès le milieu du xive siècle.


Arsenal des rois Charles VIII et Louis XII

Après l’union de la Provence au royaume de France, à la suite du décès le 11 décembre 1481 de Charles III de Provence, dernier comte de Provence, le roi de France Charles VIII veut faire valoir ses droits sur le Royaume de Naples. Il fait construire un nouvel arsenal avec six tercenaux dans l’angle sud-est du port. En août 1488, il écrit pour activer la construction de plusieurs galères dans les chantiers provençaux. En 1494, tandis que Charles VIII gagne l’Italie du sud par voie terrestre, une flotte provençale comprenant six galères le rejoint à Naples.

En 1512, Louis XII ordonne la construction de douze tercenaux supplémentaires, dont six seront réalisés. L’arsenal de Charles VIII et de Louis XII tombe en décrépitude comme le montre le procès-verbal de Jean Roulx lors de son installation en 1570 comme garde de l’arsenal de Marseille.


L’Arsenal au xvie et début xviie siècles

Les galères dans le port et la rade de Marseille, Atlas de 1584

En 1536, sous le règne de François Ier, Marseille comptait 23 galères dans son port. En septembre 1533, Catherine de Médicis fait le voyage de Florence (plus précisément depuis le port d’Ostie) à Marseille sur la galère du pape, son oncle Clément VII, pour se marier avec le dauphin, futur Henri II.

L’apogée du nombre de galères est atteint sous son règne ; il attache en effet une grande importance à la force navale. Il fait couper dans le Dauphiné les bois nécessaires à la construction des galères dont le nombre atteint, en 1548, le chiffre record de 42 dans le port de Marseille.

Peu après la mort du roi, et les guerres finies, la décadence reprend et il ne reste que 13 galères en 1561, entre celles qui furent envoyées à la réforme et celles données aux puissants. En effet, les galères sont des vaisseaux fragiles et d’entretien élevé. Il était plus économique pour le Roi de les louer à des propriétaires, comme les Valbelle, capitaine des Galères de père en fils.

En 1578, le grand prieur Henri d’Angoulême peut dire dans ses remontrances que, sur les 18 galères qui stationnent à Marseille et à Toulon, seulement un couple de bâtiments est en état de prendre la mer. Sous Henri IV, le déclin continue faute de financement, à tel point que lors du mariage du roi avec Marie de Médicis, ce sont des galères étrangères appartenant au Pape, au duc de Toscane et à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui conduisent la princesse à Marseille, le 3 novembre 160010.

Dès son arrivée au pouvoir, Richelieu relance la construction des galères. Au début de 1624, les galères sont transférées de Marseille à Toulon pour pouvoir mieux combattre les barbaresques qui menacent les îles d’Hyères. Après un bref retour à Marseille, les galères repartent à Toulon car une épidémie de peste ravage Marseille en 1649.


L’hôpital des forçats

Peu de temps avant que les galères soient transférées de Marseille à Toulon, un hôpital des forçats est mis en service. Cet hôpital est créé en 1646 à l’initiative d’un gentilhomme provençal, Gaspard de Simiane, sieur de la Coste, chevalier de Malte, célèbre par sa piété et sa charité, et de l’évêque de Marseille, Jean-Baptiste Gault. Ils s’adressent à la duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, qui financera l’entreprise.

Le roi offre le terrain occupé par quatre tercenaux de l’époque de Charles VIII et s’engage, par lettres patentes de juillet 1646, à couvrir les frais de fonctionnement de cet hôpital royal des forçats.

Cet hôpital se trouvait à l’angle sud-est du port, sur le quai de Rive-Neuve, à proximité de l’actuel cours Jean-Ballard. Il disposait de 175 lits à deux places. Son personnel comprenait un médecin, un chirurgien, six garçons apothicaires et cinq infirmiers.

La direction de l’hôpital est confiée à quatre administrateurs. Les premiers furent : Henri d’Armand, trésorier de France, Pierre de Bausset, seigneur de Roquefort, Gaspard de Simiane de la Coste, chevalier de Malte, et Charles Moulas, écuyer. Chaque année, deux administrateurs sont renouvelés16. Cet hôpital sera par la suite englobé dans l’arsenal créé sous Colbert.


L’arsenal de Louis XIV

Quand Louis XIV vient à Marseille en 1660, le port n’abrite plus de flotte de guerre. En effet, les galères végètent à Toulon, où il n’en reste plus que six capables de prendre la mer et 1 655 hommes de chiourme. Le Roi veut une flotte surpassant celle de l’Espagne et des puissances italiennes. Or, la présence d’une telle flotte exige des infrastructures suffisantes pour assurer son accueil, son entretien et son approvisionnement.

Le 10 avril 1665, Nicolas Arnoul est nommé « intendant de justice, police et finances des fortifications de Provence et de Piémont et des galères de France ». Il est donc lieutenant général, commandant militaire sous l’autorité de l’Amiral. Il dirige l’administration, l’intendance et le personnel correspondant (les « officiers de plume »).

Le 24 juillet 1665, un ordre de Louis XIV est expédié aux échevins de Marseille dans lequel le roi exprime son désir d’armer les galères et de construire un arsenal avec les moyens nécessaires, par la mise à disposition dans le Port d’une place « propre à mettre bois, fers, antennes, mâts, canons et autres choses nécessaires aux armements et constructions et des galères ».

Trois phases seront nécessaires à l’édification de ce « parc des Galères ».

Construction de la Galère La Réale à l’Arsenal de Marseille – Tableau de 1694, attribué à Jean-Baptiste de La Rose

Première phase (1665-1669)

À peine arrivé à Marseille, Nicolas Arnoul va tout faire très vite. Il fait revenir les Galères de Toulon. Il s’occupe tout d’abord du choix du terrain pour l’implantation de l’arsenal. Contrairement aux ordres de Colbert, qui souhaitait qu’un terrain entièrement inutilisé soit trouvé, il annexe le terrain du plan Fourmiguier, où étaient construits les bateaux de commerce de la ville de Marseille, et met les échevins devant le fait accompli. Le chantier municipal est transféré dans le jardin des Bernardines.

La construction du nouvel arsenal occupe Nicolas Arnoul pendant quatre ans (1665-1669). Les travaux sont réalisés sous la direction de Gaspard Puget, frère de Pierre Puget, qui travaille à cette époque à Gênes.

Colbert vient à Marseille en juin 1669, alors que les travaux viennent de se terminer.

Deuxième phase (1673-1679)

Galère amirale La Réale construite en 1679 – Musée de la Marine

Dès la mise en service des premiers ouvrages, Arnoul s’aperçoit de l’insuffisance de cette réalisation et envisage d’étendre l’arsenal au-delà de l’angle sud-est du port, le long du quai de Rive-Neuve, en expropriant le couvent des Capucines.

Arnoul s’engage alors dans un conflit aigu avec les échevins, soutenus par le duc de Mercœur.

L’acquisition du couvent des Capucines, qui jouxte l’hôpital des forçats, est réalisée en 1673, grâce à l’intervention de l’évêque de Marseille, Toussaint de Forbin-Janson.

Les nouveaux travaux durent ensuite jusqu’en 1679, avec comme entrepreneur maçon un certain Pierre Puget, souvent confondu avec son célèbre cousin, le sculpteur Pierre Puget.

Troisième phase (1685-1690)

Après une nouvelle série d’expropriations, l’arsenal des galères qui s’étend alors jusqu’à la rue du Fort-Notre-Dame, est achevé. Les Marseillais perdent à nouveau leur chantier de construction navale qui doit être transféré plus à l’ouest sur les terrains de la Miséricorde.

Un projet est dressé par l’Ingénieur en chef des Fortifications Antoine Niquet et accepté en 1685 par le marquis de Seignelay, fils de Colbert. Les démolitions sont effectuées la même année. Les constructions qui sont confiées à André Boyer, architecte des Bâtiments du Roi, se poursuivent de 1686 à 1690. La partie construite en 1665-1669 prend alors le nom de « vieux parc ».

L’ensemble de l’Arsenal a alors la forme d’un L majuscule, la barre horizontale représentant le quai des Belges et la barre verticale le quai de Rive-Neuve. Il englobe les terrains limités aujourd’hui par l’église des Augustins, le palais de la Bourse, la Place du général de Gaulle, les rues Paradis, Sainte et du Fort Notre-Dame.

L’entrée de l’ancien Arsenal se situe quai des Belges et a une forme de fer à cheval. En face de cette porte d’entrée s’élève un important pavillon surmonté d’une horloge et placé dans l’axe de la rue Pavillon à laquelle il a donné son nom.

Pavillon de l’Horloge

Dans cet ancien arsenal se trouvent également deux formes pour la construction des galères ainsi que des magasins où sont entreposés les rames, cordages et agrès des galères. Au nord se situe l’hôpital des galériens, une cour pour l’entreposage des bois de construction, le logement de l’intendant avec le jardin du roi, qui contient plantes rares et cages d’animaux exotiques.

Cette résidence de l’intendant, somptueuse, est appelée la Maison du Roi. Entre ce dernier et la cour aux bois de construction se trouve un bâtiment avec des magasins au rez-de-chaussée et au premier étage la fameuse salle d’armes. Celle-ci, où sont entreposés 10 000 mousquets et autant de sabres, passait pour la plus belle d’Europe.

Le nouvel arsenal occupe le sud de l’ancien arsenal et le quai de rive neuve. La porte d’entrée se situe à l’est en bordure de l’actuel rue Paradis. Au-dessus de cette porte d’entrée, Jean-Baptiste Grosson signale que dans un cartouche se lisait l’orgueilleuse louange du roi soleil : Hanc magnus Lodoix invictis classibus arcem condivit hinc domito dat sua jura mari (« Le grand Louis aux flottes invincibles a bâti cette citadelle ; d’ici il dicte ses lois à la mer domptée »). Dans ce nouvel arsenal se trouvent également :

– deux formes pour la construction des galères, mais plus grandes que celles de l’ancien arsenal.
– une darse en forme de L reliée au vieux port qui deviendra, après la destruction de l’ensemble de l’arsenal, le canal de la douane, et qui occupe la Place aux Huiles et le cours d’Estienne d’Orves actuels.
– disposées parallèlement à la rue Sainte, deux immenses bâtisses mesurant 450 mètres de long séparées par une rue, abritent l’une, la plus proche du port, les ateliers et le bagne, l’autre, la plus au sud, la corderie.


Évolution de l’activité

Maquette du Musée d’Histoire de Marseille

Après le déclin de la fin du xviie et le début du xviiie siècle, il y a en 1675, peu de temps après la mort de l’intendant des galères Nicolas Arnoul, 25 galères à Marseille. Ce nombre augmente progressivement pour atteindre 30 en 1680 puis 40 galères en 1690, qui marque l’apogée sous le règne de Louis XIV.

Si l’on ajoute aux unités stationnées au Levant, les 15 galères de l’Atlantique, la France possède alors la plus puissante flotte d’Europe. En 1688, Louis XIV fait graver une médaille qui porte la devise Assertum maris mediterranei imperium (« la maitrise de la mer Méditerranée est assurée »).

Même si les Galères n’ont plus de rôle réel dans la marine de guerre du temps, elles sont toujours une grande marque de prestige. En 1673, Mme de Sévigné décrit à sa fille la comtesse de Grignan, « La Réale, faisant l’exercice, et les banderoles et les coups de canon… ». En 1680, cette dernière, épouse de François Adhémar de Monteil, comte de Grignan, lieutenant général du roi en Provence, est, comme le narre le Mercure Galant allée à Marseille, « est allée au château d’If sur la Réale qu’avait armé Vivonne, général des Galères… elle fut saluée par vingt-six galères… ».

Le déclin qui commence au début du xviiie siècle, sera inexorable. De 1719 à 1738, on compte une quinzaine de galères dont seulement 6 à 8 sont opérationnelles. La dernière campagne des galères a lieu du 15 juin au 7 août 1747, sous le commandement du général des galères en personne Jean Philippe d’Orléans, bâtard légitimé du Régent. Le général décèdera l’année suivante à l’âge de 46 ans et deux mois après seulement, Louis XV signera l’ordonnance du 27 novembre 1748, qui réunissait tout le personnel des galères à la marine royale.

En 1779, il ne restait plus que deux galères à Marseille et quatre à Toulon. Des deux marseillaises, l’une, l’Écarlate, est vendue pour la démolition, l’autre, la Ferme, est réparée et envoyée à Toulon. Celle-ci, qui sera la dernière galère existante, est démolie en 1814.


La démolition de l’Arsenal

Vue depuis le Pavillon de l’Horloge

Après la réunion du corps des galères à celui des vaisseaux par l’ordonnance du 27 septembre 1748, le Secrétaire d’État à la Marine, Antoine Louis Rouillé, adresse le 2 août 1749 à l’intendant de la Tour un mémoire lui demandant de ramener toutes les galères à Toulon et de justifier par un rapport le maintien de toute galère à Marseille.

L’intendant consulta les négociants qui se prononcèrent en faveur du maintien des galères à Marseille car elles étaient selon eux très utiles au commerce. La Tour envoya au Ministre le 5 janvier 1750 un mémoire conforme au souhait des Marseillais qui n’empêcha pas le transfert des galères à Toulon. Les négociants regrettèrent cette décision. Une telle attitude étonne car cela ne pouvait que retarder la suppression de l’encombrant arsenal.

Il n’est pas moins surprenant que les cahiers de doléances des négociants en 1789 ne fassent pas allusion à ce problème vital. En effet, la surcharge du port de Marseille due à l’augmentation du trafic commercial se faisant d’autant plus sentir que toute une partie des quais était occupée par l’arsenal et donc soustraite à l’activité commerciale. Ainsi, sur une longueur de 1 900 mètres linéaires de quai, 500 mètres échappaient au négoce.

De plus, la présence de l’Arsenal interdisait la liaison entre les deux rives ouvertes au négoce, la rive nord (quai du port actuel) et une partie de la rive sud (Quai de rive neuve actuel) qui ne pouvait être réalisée que par barque.


La vente de l’Arsenal

Canal de la Douane

Au début de l’année 1781, Pierre-Victor Malouet, ordonnateur de la marine à Toulon, est chargé de proposer à la ville de Marseille l’aliénation de l’Arsenal. Dans sa séance du 11 février 1781, le conseil municipal accepte le principe et désigne une commission placée sous la présidence du maire Joachim-Elzéard de Gantel-Guitton, seigneur de Mazargues pour établir un rapport sur les conditions de cette vente.

Le conseil municipal ayant accepté cette rétrocession, l’intendant de Provence, des Gallois de la Tour, agissant au nom du roi, vendit le 3 septembre 1781, les terrains et les bâtiments de l’arsenal à la ville de Marseille, à charge pour cette dernière de construire un nouveau quartier sur les terrains rendus disponibles.

La nature des travaux à réaliser fut approuvée par le roi le 12 novembre 1782. Parmi les différentes obligations, la ville devait faire réaliser un canal pour prolonger la darse existante et faire ainsi une deuxième liaison avec le port. Le canal aura alors la forme d’un U et s’appellera le canal de la douane.

Charles Thiers, secrétaire archiviste de la ville de Marseille et grand-père d’Adolphe Thiers, fait connaître son avis sur l’aménagement des surfaces rendues disponibles dans un mémoire intitulé « Avis d’un citoyen pour l’emploi du terrain de l’Arsenal ».

Il fait preuve, dans ce texte, d’une conception urbanistique tout à fait remarquable pour l’époque. Il préconise la réalisation d’une grande place publique et de rues larges. Malheureusement, les échevins ne suivirent ces recommandations qu’avec prudence et ne retinrent qu’une largeur de 10 mètres pour les rues ordinaires.

La ville, ne voulant pas se charger de l’aménagement des terrains, décide de les rétrocéder ; deux compagnies se portent candidates : l’une est fondée par Mathieu, procureur de la sénéchaussée de Marseille, associé au marquis Jean-Baptiste de Rapalli, l’autre par Rebuffel, ancien fermier des boucheries de Marseille. Dans sa séance du 3 juin 1784, le conseil municipal vend les terrains à la première compagnie qui prend le nom de Compagnie de l’Arsenal.


Lotissement des terrains

Cours Estiennes d’Orves de nos jours

La libération des terrains permettra la prolongation de différentes rues jusqu’au port. C’est notamment le cas de la Canebière dont la perspective était arrêtée par les bâtiments de l’Arsenal et qui offrira une magnifique vue sur l’ensemble du port. Les rues Pavillon et Vacon seront prolongées et prendront respectivement les noms de Suffren et Pythéas.

Au sud-est des terrains libérés, une nouvelle place est aménagée, actuelle place Ernest Reyer, en bordure de laquelle est construit le grand théâtre qui après son incendie en 1919 deviendra l’opéra municipal. La rue Beauvau est également ouverte.

Dans la partie sud, la compagnie de l’Arsenal modifia les plans initiaux en ne réalisant pas une place octogonale mais une simple place carrée, l’actuelle place Thiars qui se trouvait au centre d’un îlot entouré par le canal de la douane.

De sérieuses difficultés s’élevèrent pour établir des liaisons entre ce nouveau quartier qui prit le nom d’îlot Thiars, et les rues Sainte et du Fort Notre-Dame.

En effet, lors de l’agrandissement de l’Arsenal, il avait fallu procéder à l’enlèvement de volumineux déblais pour avoir un Arsenal de plain-pied. Pour raccorder cet îlot Thiars aux rues Sainte et du Fort Notre-dame, le conseil municipal aurait souhaité une jonction par des rampes d’accès et non par des escaliers.

L’arrêt du Conseil du roi du 20 février 1786 ordonna la construction des escaliers qui se trouvent actuellement sur la rue Fortia et la rue de la Paix pour la liaison avec la rue Sainte et sur la rue Monnier pour la liaison avec la rue du fort Notre-dame.

La démolition des derniers bâtiments de l’Arsenal s’effectue en 1787. En juin 1789, au déclenchement de la Révolution, il ne restait plus que le pavage des rues de l’îlot Thiars à réaliser.

Au début du xxe siècle, le canal de la douane présentait de nombreux inconvénients : mauvaises odeurs et difficultés de liaison entre les deux rives. Le maire de Marseille, Siméon Flaissières fit voter le 14 mai 1926 une délibération sollicitant de l’État un déclassement du canal pour permettre son comblement. Ce déclassement ayant été obtenu, le canal de l’Arsenal fut comblé avec notamment les déblais des destructions des immeubles situés derrière la Bourse et les voies nouvelles créées (cours Jean-Ballard, cours d’Estienne d’Orves et place aux huiles) furent pavées début mars 1929.

Les seuls vestiges de l’Arsenal qui restent visibles sont un bâtiment situé sur le cours d’Estienne d’Orves, dénommé « la capitainerie », qui fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 4 août 1978 ainsi que, officiellement, la Mosquée de l’Arsenal, ou Mosquée des Galériens Turcs à Marseille, transférée dans la zone sud de la ville, aujourd’hui au 584, avenue du Prado, inscrite en tant que tel au titre des monuments historiques depuis le 15 juillet 1965.

Des recherches effectuées depuis ont remis en doute l’origine supposée de cet édifice qui serait en fait un simple kiosque au style mauresque, aujourd’hui transformé en chapelle.


SOURCES Wikipédia
PHOTOS Archives & Dominique Milherou Tourisme-marseille.com

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