Les 3 Grues Condamnées puis Sauvées du Quai Charcot Quai Jean Charcot, 13002 Marseille
3561
Arrondissement : 2ème

Trois des grues emblématiques de la Digue du Large, construites en 1955 par l’entreprise lilloise Paindavoine-Man et inscrites à l’inventaire général du patrimoine culturel de la région Paca, devaient être détruites suite à une décision du directoire du Grand port maritime prise en janvier 2017 compte tenu de l’oxydation et de l’état de délabrement de ces structures pesant chacune 72 tonnes…un an plus tard en janvier 2018 on apprenait que c’est finalement la région qui versera 400.000 euros auquel viendront s’ajouter 200.000 euros du Grand Port Maritime de Marseille pour permettre la rénovation et la mise en valeur des trois grues. La région a également annoncé sa volonté de rouvrir à la promenade la digue du large…

Ces « machines à lever à bâti mobile guidé » mises en service en 1961 permettaient des déchargements jusqu’à 6 tonnes de navires de charge destinés au transport de marchandises solides en vrac.

Il pouvait s’agir de sable, de granulats, de céréales mais aussi de matériaux denses comme les minéraux. Ces cargos étaient en escale aux postes 100 à 103 du quai Jean-Charcot.

Dans les premières décennies du 20ème siècle, l’outillage de manutention évolue considérablement, les grues hydrauliques sont progressivement électrifiées puis elles deviennent mobiles afin d’accroître leur efficacité.

L’arrêt de l’utilisation de ce quai a accéléré la dégradation de ces grues subissant une importante corrosion et oxydation mettant aujourd’hui en danger les piétons et véhicules devant obligatoirement passer sous les structures et leur empattement de 9 mètres pour circuler sur la digue.

Ces trois grues illuminées le temps de Marseille Capitale de la Culture 2013 devaient être détruites et deux autres en meilleur état devaient bénéficier d’un plan de réhabilitation et d’une mise en lumière, pour un montant de 150 000 euros chacune. Elles seront finalement toutes sauvées.

Ce plan de destruction avait fait réagir beaucoup de marseillais mais également Marc Paindavoine, fils de l’un des constructeurs des structures. Un article du journal La Provence relate que celui demande aux autorités portuaires marseillaises de ne pas fermer la porte à d’autres options, notamment celle d’une sauvegarde des grues in situ, et a reçu pour cela le soutien de l’architecte marseillais Alain Amédeo qui a notamment collaboré à la rénovation de l’Hôtel Dieu ou la Zac de la Joliette et l’Îlot M1.

Une pétition a été lancée en septembre 2017 pour la préservation des grues.

La société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France qui utilise aujourd’hui le nom de Sites & Monuments espèrait pouvoir constituer un dossier auprès de la Fondation du patrimoine et sauver les grues grâce au mécénat…c’est finalement la région et le grand Port qui sauveront les 3 grues.


L’entreprise Paindavoine

La Voix du Nord dans un article sur les 3 grues marseillaises, présente l’histoire de l’entreprise qui les a réalisé : « C’est dans une forge, en 1860, que Amédée Paindavoine crée son entreprise. Dès l’origine, elle est dédiée à la construction de ponts et de charpentes métalliques. Elle se développe. L’usine change de site. Elle est bombardée et détruite en 1914. Elle s’installe finalement rue Berthelot, à Lille-Sud, où elle prend son envol.

La verrière de la CCI de Lille, c’est elle ; le pont hydraulique de Tourcoing, c’est elle ; celui de Dourges sur l’A1, encore elle. De Dunkerque à Alger en passant par Cadix, Dakar et Madagascar, Paindavoine est partout. Le monde est à elle. Lille aussi. L’entreprise réalise la charpente en métal de… La Voix du Nord alors Echo du Nord.

Elle bâtit aussi la gigantesque carcasse de l’ancienne foire internationale de Lille. Après la guerre 39-45, l’entreprise compte plus de 800 salariés. Elle peut défier la mythique société Eiffel. Les ingénieurs de Paindavoine équipent la planète : Russie, Indochine, Équateur, Iran, Togo… Leur savoir-faire est connu, reconnu.

Mais c’est de l’international et d’Afrique, plus particulièrement, que son malheur arrive. Durant la guerre du Biafra, en 1964, l’aventure s’arrête net. Le pont que construit alors Paindavoine au Nigéria est détruit. L’État français ne soutenant pas ce pays, son homologue africain décide de ne pas honorer le contrat.

Mal assurée, l’entreprise lilloise est liquidée en 1965. Cinq cents personnes sont licenciées… »


SOURCES Région Paca & La Provence & La Marseillaise & La Voix du Nord
PHOTOS Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com & Archives La Voix du Nord

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