Usine Cusenier, antre du célèbre spiritueux 71 Avenue du Prado, 13008 Marseille
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C’est au 71 de l’avenue du Prado que la marque française de spiritueux Cusenier possédait à la fin du 19ème siècle une de ses usines spécialement dédiée à l’approvisionnement vers l’Amérique du Sud et l’export à l’étranger. La modeste distillerie, fondée par Eugène Cusenier en 1857, prospère pour devenir une puissante maison. Puis son frère, Elisée Cusenier, en fait un des fleurons du commerce français à l’étranger à la fin du 19e siècle. La marque fut rachetée par le groupe Pernod Ricard en 1977.

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L’usine de Marseille en 1927 (photo de Fontaine d’Albert)

En 1858, Eugène Cusenier a 26 ans et fait ses débuts dans la distillerie d’absinthe à Ornans dans le Doubs. Il n’a que de modestes moyens financiers, mais il a du flair, un génie de novateur et le sens de la réussite.

Dans un marché en pleine expansion, il se montre vite un habile précurseur ; il perfectionne la distillation afin de produire des liqueurs subtiles et raffinées qui séduisent le public. En effet, il est le premier à appliquer toutes les ressources de la science et de l’art à la distillation de spiritueux, dans une époque, où on les fabriquait encore selon la routine et les formules empiriques.

Son dynamisme, sa probité et son don pour l’alchimie raffinée ne tardent pas à lui ouvrir la voie du développement et d’un prodigieux succès.

Eugène Cusenier apporte un soin particulier à son personnel : paiement du salaire à l’employé malade, le faisant soigner à ses frais, et distribuant gratuitement diverses consommations, en cours de journée, afin d’éviter la tentation de détournement.

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L’usine de Marseille en 1927 (photo de Fontaine d’Albert)

Pour suivre le développement, Eugène installe, en 1871 une usine boulevard Voltaire à Paris, pour répondre à la consommation parisienne. Ce lieu devient le siège de la société et aussi un magasin de vente en 1878.

On fabrique sur place des spiritueux et des liqueurs, mais aussi des sirops, des grogs, des punchs, et même de l’eau de Cologne et de l’eau de mélisse.

Elisée, son jeune frère collabore à l’œuvre commune et y apporte son précieux concours. Grand travailleur, doué d’une remarquable intelligence des affaires, il développe la distillerie familiale.

Quand Eugène  décède en 1894, Elisée prend le rôle prépondérant dans cette entreprise où collaborent, notamment, ses frères Jules et Valentin ainsi que divers membres de la famille.

Devenu directeur général, il accroît la vitalité de cette vaste entreprise qui s’étend à travers le monde. On lui doit la création des usines de Marseille et de Buenos-Aires, entre autres.

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L’usine de Marseille en 1927 (photo de Fontaine d’Albert)

Pour se protéger des ligues antialcooliques, il invente, en 1896, l’Absinthe bienfaisante : l’Absinthe Oxygénée, où il a remplacé les plantes suspectes de sa recette par des plantes apaisantes. Jusqu’en 1905, de nombreux dessins humoristiques en vantent les bienfaits.

Elisée a l’honneur d’être choisi par ses pairs comme président du jury international des récompenses à l’Exposition universelle de 1900, et nommé par le gouvernement membre de la commission extra-parlementaire des alcools.

Elisée est aussi un grand philanthrope, il se révèle un donateur aussi généreux que foncièrement discret, soutenant bien des infortunes par ses bonnes œuvres enveloppées de silence.

Devenu maire d’Etalans, Elisée Cusenier joue un rôle déterminant pour faire évoluer et métamorphoser l’agriculture de sa région d’origine, notamment par l’amélioration des cultures, le défrichement, l’emploi de l’engrais chimique.

Son travail vaut exemple pour la Société d’Agriculture du Doubs, dont il est le président pendant une vingtaine d’années.

usine-cusenier-71-avenue-du-prado-13006-marseille-6Avant son décès en 1928, il cède sa considérable fortune aux établissements de bienfaisance de Besançon et à l’hôpital d’Ornans.

En 1977, la marque est rachetée par la société Byrrh pour le compte du groupe Pernod-Ricard.

L’usine marseillaise aujourd’hui disparue après la deuxième guerre mondiale a été remplacée par un grand immeuble de bureaux.

Lionel Cusenier, le petit fils des créateurs de la célèbre crème de Cassis, et dont le père Jean-Claude a développé la marque Casanis, dirige aujourd’hui les Caves de l’Abbaye au 99 de la rue Sainte dans le 7ème.


SOURCES Wikipédia & gallica.bnf.fr & janinetissot.fdaf.org & email-gourmand.com
PHOTOS
Fontaine d’Albert & Archives & delcampe.net

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    28 août 2020 aà 21h54

    Je me rappelle effectivement de cette usine désaffectée à l'angle de la Rue du Rouet et de la Ru St Adrien. J'étais collégien au Collège Mazenod, juste à côté. A nos heures perdues, on allait dans ce bâtiment industriel qui au final nous impressionnait Chacun racontait des choses sur ce qui pouvait se passer à l'intérieur ou tout au moins ce qu'on pensait qu'il pouvait se passer. Que de souvenirs !!

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    4 octobre 2019 aà 13h37

    Au début des années 80 l'usine était encore existante, avec sa très intéressante architecture extérieure toute en longueur constituée de petites briques rouges très régulières. Mais elle était devenue un grand squat, je me souviens qu'avec les gamins du quartier, castellane, le rouet etc.. on allait rendre fous les pauvres gens qui vivaient là!... Devenu adulte je me dis que c'est une grande perte d'avoir détruit ce bâtiment original. Souvenirs d'enfance!... merci pour cet historique, j'ai longtemps cherché des photos et infos sans jamais les trouver. Grâce à vous c'est chose faite. Bravo pour votre travail.

  • 23 mars 2016 aà 20h11

    oh punaise !

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