Synagogue Tifferet Israël par Boukobza 205 Boulevard de Sainte-Marguerite, 13009 Marseille
2612
Arrondissement : 9ème

Cette création de 1973 signée de l’architecte Fernand Boukobza est un édifice destiné à l’exercice de la religion Israélite, dans ce quartier de Sainte-Marguerite où de très nombreux adeptes se sont installés notamment après la guerre d’Algérie. Depuis la diaspora, les synagogues ont perdu leur caractère original pour s’inspirer des architectures vernaculaires (propre à un pays) telle la synagogue de la rue Breteuil à Marseille. Tifferet Israël, avec son design très particulier en béton pur, sans décoration, est labellisée Patrimoine du Xème siècle par la commission régionale du patrimoine et des sites CRPS du 28 novembre 2000.

© Fernand Boukobza Architecte

L’architecte a abordé ce projet en fonction de critères propres à la liturgie de la religion israélite : centrage des fidèles autour des rabbins officiants, orientations des écritures saintes vers Jérusalem, séparation des hommes et des femmes.

Ce programme a été complété par des services communs et une école talmudique destinée à perpétuer les préceptes de la religion. L’ensemble de ces données, l’étroitesse du terrain et la proximité d’une voie à grande circulation, ont dicté le parti architectural qui dispose, au nord, d’une entrée 2 niveaux d’annexes et au sud, le temple proprement dit dont la forme pyramidale, à double hauteur, se ferme sur l’extérieur pour recevoir à l’intérieur un éclairage zénithal très doux complété par une fente lumineuse qui laisse pénétrer le dernier rayon du soleil couchant le jour des grandes cérémonies du grand pardon.

Le béton pur et permanent, la pierre et le bois ont seuls été utilisés pour affirmer la pérennité de la religion Israélite, à l’exclusion de toute décoration.


CONTEXTE

© Fernand Boukobza Architecte

Les premières réflexions pour l’édification d’un temple israélite démarrent en 1967 avec une hypothèse rapidement abandonnée de reconversion d’un ancien cinéma. Le choix du quartier Sainte-Marguerite correspond à une forte présence dans le secteur de la communauté de religion juive depuis le rapatriement des Français d’Algérie.

En 1967 la décision est prise, peu habituelle dans les pratiques de la communauté plus encline à la réutilisation de bâtiments existants, d’édifier un édifice relativement modeste sur une parcelle d’environ mille mètres carrés.

Le programme distingue deux éléments principaux : le lieu de culte proprement dit avec ses annexes permettant les réunions et la célébration de cérémonies, et une école d’apprentissage de la langue hébraïque. La construction de l’édifice, dépendante des dons de la communauté, s’effectuera en deux phases.


COMMANDITAIRE

Le projet est conduit successivement par l’association cultuelle israélite de Marseille, et le président du consistoire. Après le décès de ce dernier, durant les travaux, c’est Marcel Guenoun, vice-président du Consistoire de Marseille à cette époque, qui prendra la relève.

Les rabbins interviennent peu avant la livraison de l’édifice, au moment où l’architecte précise quelques éléments essentiels du mobilier : Teba (tribune des rabbins) et Hijal (pavillon contenant les écritures saintes).


L’ÉDIFICE EN DÉTAILS

Souvent installés dans des édifices reconvertis, les temples israélites ne reprennent pas des modèles typologiques élaborés et expérimentés dans une tradition ancestrale. Quelques conventions spatiales existent cependant qui répondent aux règles de la liturgie. Ici, deux volumes forts, parallélépipède et pyramide tronquée –distingués par la césure de l’axe principal d’accès– expriment les deux fonctions principales de l’édifice, école talmudique et lieu de culte.

Pour ce dernier, le choix d’un plan carré de seize mètres de côté, convient au dispositif du culte centré sur l’officiant. Un axe diagonal orienté vers Jérusalem (ici à l’est) correspond au positionnement du Hijal. Il est marqué par l’inclinaison plus accentuée de deux façades dont l’angle est traité en fente de lumière, et le positionnement de deux sources d’éclairage zénithal. Une bande de lumière périphérique donne à la toiture, constituée d’une résille fortement marquée de poutres en béton, des allures de dais.

Cette structure de toiture solidarise les quatre murs inclinés en béton, autoporteurs, et soutient grâce à trois câbles une mezzanine suspendue qui occupe, à mi-hauteur, deux côtés de l’espace intérieur. C’est ici que les femmes, à l’écart des hommes, assistent à l’office. La peau extérieure de l’édifice est en béton brut de décoffrage, avec un jeu accentué d’alternance de bandes en relief et en creux. Les masses sont volontairement simples et archétypales. Le volume réservé à l’école talmudique distingue un rez-de chaussée largement transparent de l’étage plus fermé et scandé par des volumes pleins en porte-à-faux.

Cette austérité convenable de l’extérieur est tempérée à l’intérieur par l’utilisation de la pierre en placage et du bois. La pierre souligne l’élégance d’une structure de poteaux à section en forme de croix. Le bois est réservé au marquage des seuils (entrée principale, accès au lieu de culte…) conçus comme des organes, aux lignes plus arrondies, qui viennent s’emboîter dans les grands volumes de base ; et aussi en sections généreuses, pour le mobilier, sobre et digne, conçu spécialement pour l’édifice.


© Fernand Boukobza Architecte

Fernand Boukobza était un architecte né le 30 janvier 1926 à Sousse en Tunisie et mort le 4 décembre 2012, à Marseille. Diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts, atelier Castel/Hardy, en 1956, il a été l’élève de Charles Lemaresquier, Emmanuel Pontremoli et Leconte.

Il fit ses études à l’école régionale des Beaux-Arts de Marseille en travaillant parallèlement dans les ateliers d’André Devin et André-Jacques Dunoyer de Segonzac. L’enseignement de ce dernier et les visites de l’unité d’habitation de Le Corbusier durant le chantier firent naître chez lui un goût pour le béton que partagera toute une génération.

Sensible à la modernité américaine et aux expérimentations plastiques de Richard Neutra et Marcel Breuer, Fernand Boukobza eut l’occasion d’exprimer ses talents à Marseille et dans la région grâce essentiellement à la maîtrise d’ouvrage privée.

Réalisations
– Première œuvre en 1954-1955 à Marseille : maison individuelle du Roucas Blanc
– Maisons jumelles du Parc Talabot en 1964
– Usine de la Compagnie Fruitière (1964-1967)
– La Castellane (1966) avec Pierre Jameux, Pierre Mathoulin et Pierre Meillassoux
– Institut de la Cadenelle (1968-1969)
Immeuble le Brasilia (1967)
– Siège de la société IBM (1968) avec J. Nogaro
– Synagogue de Sainte-Marguerite entre 1969 et 1973 (Label « Patrimoine du xxe siècle »)
– Opération de logements HLM du boulevard Sainte Marguerite à Marseille (1986-1988).
– Entre 1970 et 1991, il enseigna le projet à l’école d’architecture de Marseille-Luminy. Il continua sa carrière à son agence dans l’immeuble le Corbusier jusqu’au début des années 2000.


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