Le Major, 9 rue Mazenod et la Compagnie Fraissinet 9 rue Mazenod, 13002 Marseille
807
Arrondissement : 2ème

Le Major, est une résidence construite en 2017 par Pitch promotion et Constructa sur le site d’une ancienne compagnie de navigation du 19e siècle, probablement celui de la Compagnie Fraissinet. L’immeuble a su superbement conserver et restaurer la façade sur rue alors que les étages supérieurs adoptent des lignes contemporaines.

Immeuble aux caractéristiques familiales, il se compose de 86 logements allant du deux au quatre pièces. Le Major offre, en rez-de-chaussée, une très belle façade industrielle XIXe. Elle a été entièrement conservée et restaurée alors que le reste du bâtiment a été détruit lors du chantier (cf photos ci-dessous).

Habillés de lignes plus contemporaines, les étages supérieurs sont soulignés de persiennes et terminés par une loggia élancée tout au long des appartements en attique.

Selon l’architecte de la résidence, Patrick Poissonnier : « on chemine le long de la rue Mazenod au départ de la Place de la Joliette sans quitter du regard le chevet de la Cathédrale de la Major. On s’en approche en découvrant les façades qui ont marqué l’histoire du Port : SNCM, Fraissinet…C’est ce dernier bâtiment en briques, appareillées autour d’un porche monumental du XIXe siècle, qui forme le socle du projet de logements volontairement contemporain. L’architecture joue ici avec les matériaux vieillis ou bruts, les décalages de volumes et de temporalités ».

Le rez-de chaussée accueille également la galerie d’art contemporain, Urban Gallery, qui après avoir occupé un hôtel particulier du XIXème occupe à présent cet ancien site industriel de la Compagnie Fraissinet.

Le chantier en 2015

La Compagnie Fraissinet a été fondée en janvier 1836 à Marseille par Marc Fraissinet, fils d’un marchand protestant du Languedoc. Un autre membre de la famille (une branche exilée après la révocation de l’Edit de Nantes) crée dans le même temps une entreprise du même nom à Rotterdam.

Marc Fraissinet s’allie au courtier d’assurance Chancel. Grâce à cet accord, le vapeur Marseillais inaugure une ligne entre Marseille et Agde. Il coulera au large d’Agde le 30 Mars 1837. L’armateur Théron absorbe la société Chancel Fraissinet dont il prend la direction.

En 1837, deux nouveaux navires, Rhône et Hérault, sont construits. En 1841, Fraissinet rachète la compagnie et prolonge la ligne jusqu’à Nice. Malgré l’abandon d’une ligne pour New York et le golfe du Mexique, quand, en 1846, Fraissinet nomme son fils Adolphe à la direction, ses bateaux déservent déjà l’Espagne, Gibraltar et le Portugal.

En 1853, l’entreprise est rebaptisée Compagnie marseillaise de navigation à vapeur. Le vapeur Isabelle inaugure en 1854 la première ligne Marseille-Alger-Espagne-Portugal-Le Havre. La ligne Alger-Le Havre, est abandonnée après la collision de Normandie avec un navire néerlandais en 1857.

Le site en 2012

En 1860, la société possède dix navires mais doit faire face à une concurrence accrue sur le marché italien. Fraissinet lance des lignes pour Naples et le Levant. L’augmentation du capital de l’entreprise permet l’achat de six nouveaux navires en 1865. La Corse et Livourne sont ralliés en 1868.

Le 8 Janvier 1870, le vapeur Asie a été le premier navire à franchir le canal de Suez vers l’Inde. En 1870, Fraissinet possède et gère une flotte de 20 navires et prévoit de joindre Bombay, Malte, Port-Saïd, Constantinople, l’Italie, la Corse et le Languedoc. En raison de la guerre franco-prussienne, le service a été supprimé vers l’Inde, celui vers la Corse reporté et plusieurs navires ont été vendus.

La société refait surface en 1874 sous le nom de Nouvelle société maritime de navigation à vapeur (Compagnie Fraissinet). La société a obtenu du gouvernement français le service postal à destination de la Corse. En 1878, des lignes ont été ouvertes entre Sète et Gênes, vers le Levant et la Palestine et Odessa. Le 18 Décembre 1878, Byzantin coule au large de Gallipoli, causant la mort de près de 150 des 250 passagers du navire.

En 1889, Fraissinet se voit accordé le service postal d’Afrique de l’Ouest et du Congo. Fraissinet absorbe la société corse Morelli et ses cinq navires (Bocognano, Ville de Bastia, Comte Bacciochi, Persévérant et Evénement) en 1892.

À la fin du XIXe siècle, Fraissinet déssert le Languedoc, la Corse (service postal), la Sardaigne, l’Italie, la Riviera française et italienne, Constantinople, la mer Noire et l’embouchure du Danube, Oran, Dakar et Libreville (service postal).

Le 7 Juin 1903, Liban enter en collision avec Insulaire à quelques miles au large du port de Marseille, causant la mort de plus de 100 personnes. L’accident a profondément affligé la ville de Marseille et d’une violente campagne de presse contre Fraissinet éclate qui lui fera perdre le service postal à destination de la Corse en 1904. Toutefois, la Compagnie française de navigation et de construction navale ne peut pas exécuter le contrat qui est rétrocédé à Fraissinet en 1905.

La flotte Fraissinet est gravement endommagée pendant la Première Guerre mondiale. Balkans (août 1918), Suzette-Fraissinet (mai 1918), Marc-Fraissinet (octobre 1917), Esterel (avril 1917), Golo (août 1917) et Italia (mai 1917) sont coulés par des sous-marins allemands et autrichiens.
Seuls dix navires survivront à la guerre. Alfred Fraissinet réorganise l’entreprise autour des lignes de Corse et d’Algérie. En 1927, le marché postal corse est prolongé de 20 ans. Une nouvelle série de navires modernes est construite (Cap-Corse, Ville-d’Ajaccio, Cyrnos, Ile-de-Beauté, Pascal-Paoli).

En 1930, Fraissinet conclut une alliance avec Fabre et Chargeurs réunis pour un service commun de l’Afrique de l’Ouest. Le service de la mer Noire, souffrant de la concurrence italienne, a été supprimé en 1931 après 50 années de service continu (y compris en temps de guerre).

En 1935, l’entreprise a été rebaptisée Compagnie de navigation Fraissinet. L’alliance est dissoute et Fraissinet prend le contrôle de Fabre, l’abandon de la Chargeurs Réunis. En 1938, Fraissinet tente de mettre en place des services communs avec Paquet. L’entreprise compte alors 14 navires.

La Seconde Guerre mondiale est fatale à l’entreprise. L’un des rares navires laissés par les Allemands à la marine marchande française, Général-Bonaparte, a été coulé par un sous-marin britannique, le 19 mai 1943 au large de la Corse.

En 1948, le service de la Corse a été accordée à la Compagnie générale transatlantique qui intègre la flotte corse de Fraissinet qui réduit son activité à la côte de l’Afrique occidentale en se dotant de bananiers et paquebots.

En 1955, Fraissinet et Fabre se fondent dans la Compagnie de navigation Fraissinet et Cyprien Fabre, mais les deux sociétés conservent leurs domaines respectifs d’influence, Fabre se concentrant sur l’Amérique. En 1959, ils fondent la Compagnie ivoirienne de Consignation Maritime et deux navires sont placés sous pavillon ivoirien.

Une succession de fusions et réorganisations avec la Société Générale des Transports Maritimes, Chargeurs réunis et Fabre n’empêchera pas la disparition du drapeau de Fraissinet en 1968, le pétrolier Alfred-Fraissinet étant le dernier navire de la compagnie (il sera retiré en 1974).


SOURCES : Pitch Promotion & Paul Bois. Armements marseillais – Compagnies de navigation et navires à vapeur (1831-1988), publié par la chambre de commerce et d’Industrie de Marseille-Provence.
PHOTOS Pitch Promotion & Google Street View & Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com & Archives


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