Le Grand Vide, Épisode 7, Le Peuple de Saint-Martin Rue Neuve Saint-Martin, 13001 Marseille
2833
Arrondissement : 1er

le-grand-vide-marseilleComment Marseille a perdu sa Vieille-Ville ? L’association Les Labourdettes nous propose durant les « Dimanches de La Canebière 2017″, de poursuivre leur feuilleton historique inédit en 10 épisodes, une balade en photographie sur 110 ans d’Histoire méconnue du centre-ville de Marseille, un mystère urbain qui méritait un décryptage par l’image les mots…et la marche !

Créée en 2002 la très active Association des résidents du Square Belsunce « Les Labourdette » a pour objet la valorisation des immeubles dits  » Les Labourdettes « mais aussi la défense du patrimoine architectural, individuel et collectif dans le cadre de la Z.A.C de la Bourse et la recherche d’une meilleure qualité de vie au sein de cette zone avec l’organisation notamment de rendez-vous culturels, de rencontres et d’actions et projets citoyens.


LE GRAND VIDE | ÉPISODE 7 | COMMENT MARSEILLE A DÉMOLI SA VIEILLE-VILLE ?
LE PEUPLE DE SAINT MARTIN


Cette gravure du marché des chiffonniers autour de l’église Saint-Martin est de Dieudonné Lancelot (1822-1894). Elle a été faite d’aprés les croquis d’Alphonse Moutte peintre marseillais, directeur de l’école des Beaux-Arts de Marseille.


Saint-Martin est le nom d’un des six quartiers de Marseille inventés lors de la fusion entre la ville haute épiscopale et la ville basse vicomtale vers 1350.

Saint-Jean, la Draperie, les Accoules, Saint Jaume, Saint-Martin et la Calade, sont alors placés sous le premier blason et le premier règlement municipal. Saint-Martin est aussi le nom de l’église, qui fut cathédrale par intérim et sa paroisse.

Saint-Martin est le nom d’une rue qui aujourd’hui est Neuve. Saint-Martin est surtout le cœur du marché des chiffonniers vers 1850,
« peuple de brocanteurs, de collectionneurs de peaux de lapins, de racommodeurs de vieilles soupières et de costumiers de la misère« , comme le dit A.Bouyala.

A la destruction de l’église en 1887 ce marché est exilé au quartier Saint-Lazare prés de la porte d’Aix, il en reste quelques traces aujourd’hui. Puis comme les bassins du port il suit le développement vers le nord jusqu’à l’actuel marché aux puces aux Crottes.

Cette image explique peut être ce que nous cherchons : pourquoi avoir fait passer la rue de l’Impératrice sur l’église alors qu’elle pouvait passer devant ou derrière elle ? S’agirait-il d’une opération anti-pauvres sous couvert d’hygiène ?

Il n’existe plus rien de l’église et de son peuple aujourd’hui, sauf le vide du croisement entre rue Colbert et l’ancienne rue du Grand-Puit qui traverse le Centre Bourse sous le nom de Saint-Ferréol prolongée.


Gravure et dessin de la pissotière de Saint-Martin par Karl Hubbuch en 1928 et 2 photographies de 1928

Karl Hubbuch est un dessinateur et graveur allemand, né en 1891 à Karlsruhe où il a vécu et travaillé toute sa vie. Il ne quitte sa ville que pour les 5 années de guerre 14/18, une année à Berlin en 1922 et … Marseille en 1928.

Pour expliquer sa présence ici il faut chercher sa femme Hilde Isai (1905-1971) photographe formée au Bauhaus. Dans les traces de Germaine Krull et de Laslo Moholy Nagy, son professeur, elle vient se confronter à la modernité de Marseille.

Qu’en voient ils en 1928 ? Karl Hubbuch est déjà célèbre et classé dans le mouvement de « la nouvelle objectivité » allemande pour ses cadrages urbains expressionnistes captant « les lois inérantes aux objets de notre environnement« .

Comme Walter benjamin, Siegfried Kracauer et Ernst Bloch c’est le grand vide des démolitions derrière la Bourse qui le retiennent. Il prend la pissotière comme monument central, seul reste de ce rien ; comme les trois autres il a tourné autour de l’hôtel des postes ; il choisi la pissotière comme souvenir du parvis de l’église Saint-Martin et sa mémoire collant au peuple du quartier détruit.

Deux photographies mettent le dessin et la gravure en contexte. Elles sont extraites de l’album de commande publique réalisé à la même date, 1928, elles sont conservées au Musée d’Histoire de Marseille (MHM). Le musée Cantini a acquis depuis peu le dessin du grand vide vu par Karl Hubbuch.

La rue de l’église St Martin de nos jours, Rue Neuve Saint-Martin à comparer avec l’une des photos plus haut


Découvrez tous les épisodes du feuilleton ici, et d’autres contenus sur dans un webdocumentaire, Habiter Entre, produit par Les Labourdettes et le collectif RIMEs

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