Le Bœuf sur le toit du collège Darius Milhaud par l’Atelier Corduant 36 Boulevard Louis Armand, 13012 Marseille
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Sur le gymnase du collège Darius Milhaud se trouve depuis 2007 une étonnante et monumentale sculpture de 3 mètres de long…”Le bœuf sur le toit”, hommage à l’opéra composé par le marseillais Darius Milhaud et mis en scène par son ami Jean Cocteau. Achevée le 21 décembre 1919, il s’agit à l’origine d’une pièce pour violon et piano intitulée Cinéma-fantaisie et destinée à accompagner un film muet de Charlie Chaplin. Le titre comme la musique sont inspirés d’une ancienne chanson brésilienne, pays que fréquenta le compositeur, nommée « O boi no telhado ».

Le Bœuf sur le toit du collège Darius Milhaud par l'Atelier Corduant

L’œuvre lors de sa réalisation (photo Atelier Corduant)

Cette œuvre, hommage au grand compositeur, a été souhaitée par les architectes du collège, Jérôme Appack et et Christophe Flachaire. Cette sculpture réaliste, conçue par l’Atelier Corduant (Vaucluse) est mise en valeur par la sobriété du bâtiment.  Après des dessins préparatoires, l’Atelier a réalisé une maquette très précise à l’échelle 1/10ème qui servira de référence tout au long de l’agrandissement. La maquette a permis de tracer les différents profils (vue de face, de côté, de dessus) qui seront reportés sur le volume en polystyrène. Une structure métallique a été conçue pour résister à des vents forts et fut intégrée dans le volume en polystyrène.

La surface a ensuite bénéficié d’une stratification en tissu de verre et d’une résine époxy afin assurer une solidité dans le temps et des mastics polyester on été ajouté pour l’aspect de finition. L’Atelier Corduant, situé à Cadenet, est spécialisé dans la conception, la création et la réalisation de sculptures, de volumes, et d’objets dans les domaines les plus divers, tel que l’art, le design, l’architecture et le décor de spectacle depuis sa phase de création jusqu’à sa fabrication à l’unité ou en petite série.

Darius Milhaud est issu de l’une des plus vieilles familles juives de Provence, originaire du Comtat Venaissin. Cette région de Vaucluse abrite depuis des siècles de nombreuses familles juives surnommées les « Juifs du pape ». Parmi les membres de cette famille, on compte Joseph Milhaud, fondateur en 1840 de la synagogue d’Aix-en-Provence, ainsi que José de Bérys, Francine Bloch (qui demande au musicien, en 1961, de devenir le premier président de la Société des amis de la Phonothèque nationale de France et établit sa phonographie), Marcel Dassault et Pierre Vidal-Naquet.
Le Bœuf sur le toit du collège Darius Milhaud par l'Atelier Corduant

Darius Milhaud en 1926

Darius Milhaud est l’unique fils d’un banquier d’Aix et d’une mère née à Marseille. Son grand-père est négociant en amandes. Ses parents sont musiciens amateurs. Son père fonde la Société Musicale d’Aix-en-Provence, et sa mère connaît bien les chants religieux. Darius montre des dons précoces, tout d’abord pour le violon et la composition. À 17 ans, en 1909, il va à Paris pour étudier au Conservatoire de musique et de déclamation à Paris, jusqu’en 1915. Ses professeurs sont Gustave Leroux en harmonie, André Gedalge pour le contrepoint, Charles-Marie Widor pour la composition et surtout Paul Dukas pour l’orchestration.

Ces années sont l’occasion de multiples rencontres sur le plan musical et littéraire : il se lie d’amitié avec les musiciens Georges Auric et Arthur Honegger, et avec le poète Léo Latil, tué en 1915 lors de la Première Guerre mondiale. Il fait également la connaissance de Francis Jammes et de Paul Claudel en 1912, auteurs dont il met les textes en musique. Sa rencontre avec André Gide exerce aussi une influence importante. Atteint de rhumatismes, Darius Milhaud est réformé. Il compose dans ces années des musiques de scène, notamment sur la trilogie Orestie d’Eschyle, traduite par Claudel. Il recourt alors à la polytonalité, ce qui reste comme l’une des caractéristiques principales de sa musique.

Cette amitié entre les deux artistes évolue dans le sens d’une collaboration : Claudel, nommé ministre plénipotentiaire à Rio de Janeiro, propose à Milhaud de devenir son secrétaire. Milhaud accepte. Il s’enthousiasme alors pour les musiques sud-américaines, qu’il insère dans les ballets L’Homme et son désir (1918-1921) et Le Bœuf sur le toit (1919-1920), ainsi que dans la suite de danses Saudades do Brasil (1920-1921).

Le Bœuf sur le toit du collège Darius Milhaud par l'Atelier CorduantDe retour à Paris, il est associé par le critique Henri Collet au Groupe des Six, constitué de Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre. Le mentor de toute cette équipe est l’écrivain et graphiste Jean Cocteau. Fort de cette association, avec laquelle il écrit notamment la musique des Mariés de la Tour Eiffel (1921), unique œuvre collective du Groupe des Six, sur un argument de Cocteau, Milhaud est également reconnu dans le milieu parisien pour ses œuvres de jeunesse imprégnées d’influences sud-américaines. Il officie en tant que chef d’orchestre, critique musical, ou même conférencier, et voyage abondamment, notamment à Londres en 1920, et aux États-Unis en 1922, où il découvre les rythmes du jazz qui vont profondément l’influencer pour son ballet La Création du monde (1923). Il continue à écrire plusieurs opéras sur des livrets de ses amis : Le Pauvre Matelot en 1926 sur un texte de Cocteau, et Christophe Colomb en 1930 sur un texte de Claudel. Il s’intéresse également au cinéma et compose pour le cinéma. Toutefois, ses compositions jouissent d’un succès mitigé, et son opéra Maximilien (1932) est accueilli fraîchement à l’Opéra Garnier. Parallèlement, sa vie sentimentale est comblée par son mariage (le 2 mai 1925) avec Madeleine Milhaud, une cousine actrice, qui lui donna en 1930 un fils, Daniel, qui devint artiste-peintre (décédé à Pietrasanta en octobre 2014). En 1936, il est membre de la rédaction du journal communiste Ce soir, pour lequel il s’occupe de la musique.

Le Bœuf sur le toit du collège Darius Milhaud par l'Atelier CorduantSa production reste très abondante jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, date à laquelle il doit fuir la France occupée, cumulant l’« inscription sur deux listes de proscription : comme juif et comme compositeur d’art dégénéré ». En 1940, il part pour les États-Unis, où le chef d’orchestre Pierre Monteux l’aide à trouver un poste de professeur de composition au Mills College d’Oakland (Californie). Milhaud y a notamment comme élèves le pianiste de jazz Dave Brubeck, le compositeur de variétés Burt Bacharach, et les fondateurs du minimalisme américain, Steve Reich et Philip Glass.

Après la guerre, il retourne en France en 1947 et se voit offrir un poste de professeur de composition au Conservatoire national de musique à Paris, en alternance avec Jean Rivier, qui compte parmi ses élèves de futurs talents tels Georges Delerue. Il alterne alors son activité de professeur entre Paris et les États-Unis, continuant à enseigner à Oakland jusqu’en 1971, ainsi qu’à l’Académie musicale d’été d’Aspen (Colorado), et dans divers établissements américains. Malgré une santé de plus en plus fragile (des rhumatismes le font beaucoup souffrir), le compositeur reste donc un infatigable voyageur, même si son activité créatrice est ralentie. Sa carrière est couronnée en 1971 par un fauteuil à l’Académie des Beaux-Arts. 

Il s’éteint le 22 juin 1974 à Genève, à l’âge de 81 ans. Selon ses souhaits, il est enterré au cimetière Saint-Pierre à Aix-en-Provence, sous une modeste pierre du carré juif. Sa femme, Madeleine Milhaud, lui survit plus de trente ans. Elle est décédée le 17 janvier 2008, dans sa 106e année, et est enterrée aux côtés de son mari, à Aix-en-Provence.

SOURCES wikipedia & Atelier Corduant
PHOTOS Atelier Corduant & Archives

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