Hermitage et Hostellerie de Notre Dame des Anges Route Notre Dame des Anges 13105 Mimet
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Au nord du massif de l’Etoile, proche du village de Mimet, se trouve un lieu sauvage, à l’atmosphère mystérieuse, rappelant un peu les dolomites italiennes ou encore les météores grecques. On retrouve ici au pied de la montagne Baù Trauqua l’esprit du « désert » si cher aux ermites. C’est là que se trouve Notre Dame des Anges, une hostellerie, un ancien monastère datant du 13ème siècle et son étonnante chapelle troglodyte. En 1795, les bâtiments restants sont vendus et le lieu devient carrière de récupération, élevage de moutons, école, sanatorium puis hôtellerie. Un site exceptionnel actuellement habité par la famille Martin qui avait fait du site une colonie de vacances de 1940 jusqu’à la fin des années 50. Au départ d’Allauch et du Club de Tir Provence Nemrod, le long du chemin de Mimet, de nombreux oratoires en pierre conduisent vers Notre Dame des Anges.

Hermitage et Hostellerie de Notre Dame des Anges, grotte des ermites, Mimet, Marseille

L’Hostellerie toujours habitée

Paul Courbon a réalisé un passionnant et très complet dossier de l’hermitage de Notre Dame des Anges dont voici les grandes lignes… « un parchemin datant de 1543 nous apprend que les origines de Notre-Dame des Anges remonteraient vers 1220, quand le frère Jean, originaire d’Aix, vint dans la montagne pour y vivre en ermite et faire pénitence. Il se serait installé dans une grotte déjà habitée au temps du Néolithique, la Baume Vidal.

La légende, fidèle à l’image érémitique et troglodyte de Marie-Magdeleine, raconte que la sainte s’était déjà reposée dans cette grotte avant de se rendre à la Sainte-Baume, tout comme elle l’aurait fait aux Aygalades et à Ventabren.

Frère Jean l’aménagea en lieu de prières et la dédia à la Sainte-Vierge sous le nom de Notre-Dame des Anges. Après sept ans d’une solitude, sans doute pesante, il décida de revenir à la ville et de se marier. Mais treize ans plus tard, au décès de son épouse, Jean décida de retourner « dans son désert », à Notre-Dame des Anges ; cette fois en compagnie de frère Antoine.

Ces épisodes de la première occupation de la grotte et de son choix sont accompagnés de descriptions terrifiantes, telle celle des serpents s’échappant en grand nombre de la cavité. Ce fut après la mort des deux ermites que le lieu commença à attirer des pèlerins.

Hermitage et Hostellerie de Notre Dame des Anges, grotte des ermites, Mimet, Marseille

La chapelle souterraine après son aménagement par les Oratoriens

La transmission orale, puis le manque de précision des textes qui ont suivi créent un flou entre la Baume Vidal et le sanctuaire actuel de Notre-Dame des Anges : laquelle fut-elle réellement occupée par ces premiers ermites ? Nous verrons plus loin qu’une troisième cavité aurait été plus indiquée pour les abriter.

Quant au choix du site actuel, indépendamment de sa beauté et de son aspect sauvage propres au « désert » des ermites, Bernard Duplessy y voit une influence du tellurisme. En ce lieu très soumis aux orages, c’est la foudre qui aurait donné le coup de grâce à la chapelle Paradis, dont il ne reste plus que les assises.

Concernant la grotte du sanctuaire, Ferdinand André nous rapporte encore : En aplanissant le sol de la grotte en 1845, on trouva enfoui dans le sol plusieurs squelettes bien conservés et  dans une bourse en cuir, plusieurs pièces de monnaie attribuées au roi Robert, comte de Provence, qui régna de 1309 à 1343. Bien qu’ancienne, cette période est postérieure aux frères Jean et Antoine.

A partir du XIVe siècle, une procession eut lieu le 25 mars de chaque année, pour la fête de l’Annonciation de la Sainte-Vierge. Ce pèlerinage, célèbre dans toute la Provence, attirait des milliers de personnes qui se rendaient à l’ermitage en partant de Mimet et en empruntant un mauvais chemin.

C’est avec le Grand Schisme d’Occident et les antipapes qui siégèrent à Avignon de 1378 à 1430 que Notre-Dame des Anges va asseoir sa renommée. En 1392, une indulgence fut accordée par Clément VII, puis l’antipape Benoît XIII y célébra une messe en 1398 et fit don à Notre-Dame d’un magnifique ciboire, un vase sacré.

Hermitage et Hostellerie de Notre Dame des Anges, grotte des ermites, Mimet, Marseille

Un des oratoires le long du sentier

Au fil des siècles, plusieurs confréries d’ermites s’y succédèrent avec plus ou moins de bonheur. En 1636, ils n’étaient plus que trois ! Par acte du 20 août 1641, les ermites sont remplacés par les prêtres de la congrégation de l’Oratoire.

L’ouvrage de B. Duplessy montre les lettres qui opposèrent les différentes confréries religieuses pour occuper le site et en tirer un bénéfice. Au dénuement érémitique initial succède la richesse que l’Eglise a tirée du pouvoir. Le local laissé par les ermites ne contenait que six petites chambres, une cuisine, un réfectoire et une cave qui fut convertie en
chapelle.

Il y avait aussi une petite hostellerie avec deux chambres, une cuisine et deux petites caves. De grands travaux sont alors entrepris, d’un coût de 40.000 livres : la construction du couvent en 1643, l’aménagement de la chapelle souterraine, puis de l’hôtellerie à partir de 1659.

Un chemin avec oratoires, partant de Mimet et passant par le Col Sainte-Anne, remplace le mauvais sentier. On retrouve encore trois de ces oratoires et ce chemin s’écarte par endroits de la route asphaltée actuelle. On retrouve également des oratoires au départ d’Allauch le long du chemin de Mimet.

Hermitage et Hostellerie de Notre Dame des Anges, grotte des ermites, Mimet, Marseille

La chapelle voisine du Paradis est construite en 1693, il est difficile de dire pour quelles raisons elle s’ajoute au sanctuaire. Les Oratoriens constituèrent une bibliothèque très riche dont, une partie fut recueillie par les bibliothèques d’Aix et de Marseille, en 1793. Le Père Marrot, (1640 – 1719), porta Notre-Dame en apogée.

L’Hôtellerie attirait les gens en quête de retraite et de pénitence, on y retrouvait officiers de cour, prélats, noblesse. Les Oratoriens jouissant d’un grand prestige, plusieurs personnes de haut rang leur confièrent l’éducation de leurs enfants.

Pour Pannequin, Notre-Dame des Anges devint un lieu janséniste implanté en Provence, alors que Duplessy nous montre comment le père Marrot tenta de contourner ce piège avec finesse.

Il n’évita pas qu’une bulle Unigenitus prive en 1718 les Oratoriens du prêche et de la confession. Ce sera le début du déclin du sanctuaire.

Hermitage et Hostellerie de Notre Dame des Anges, grotte des ermites, Mimet, Marseille

la batterie de citernes encore en état, avec ses arches

Épargnée par la révolution de 1789, Notre-Dame des Anges le fut moins par la destruction ou la vente de matériaux qui suivit. Une partie du mobilier, dont l’autel, fut placée dans l’église du village de Mimet ; en particulier deux statues en bois représentant saint Joseph et la Vierge.

De grandeur miniature, ce sont en fait, les derniers santons de la crèche de Notre-Dame, les premiers connus en Provence. En 1793, Notre-Dame des Anges est vendue et passe entre différentes mains, devenant lieu de récupération de matériaux, puis bergerie.

En 1822, Pierre Sabatier de Varages voulant rétablir l’ancienne solitude des lieux, obtint l’autorisation des propriétaires de s’y établir. Il fut suivi par d’autres ermites, mais tous finirent par s’en aller en emportant les dons des pèlerins !

Hermitage et Hostellerie de Notre Dame des Anges, grotte des ermites, Mimet, Marseille

Entrée d’une grotte

En 1841, l’abbé Caire peut acquérir la grotte, l’emplacement de l’ancien couvent et les ruines. De nombreuses réparations sont entreprises et un pensionnat est établi en 1845 dans cet endroit à l’air pur et vivifiant ! Mais son existence en dent de scie s’arrêtera dans les années 1850.

L’hôtellerie sera toujours entretenue et occupée, ou exploitée épisodiquement. Quant à Notre-Dame, jusqu’à la première guerre mondiale, elle fut toujours l’objet d’un pèlerinage annuel, le dimanche de la Quasimodo, plus destiné à maintenir la tradition qu’à un véritable culte marial.

En 1940, Pierre Martin fait l’acquisition du site, organisant chaque été, jusqu’à la fin des années 1950, une colonie de vacances pour les enfants de Marseille. La propriété appartient toujours à la famille Martin ».

Découvrez l’intégralité du dossier de Paul Courbon avec les plans des grottes


SOURCES chroniques-souterraines.fr par Paul Courbon
PHOTOS Archives & Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com

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