Hammam Sultan, Rue de la Fare depuis 1936 5 rue de la fare, 13001 Marseille
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Hammam Sultan, Rue de la Fare depuis 1936
Arrondissement : 1er

Juste deux mots écrits à la peinture rouge… »Hammam » sur une porte, « Douches » sur l’autre…tout simple, comme la raison qui a poussé la famille Serkizyan a créer ce bain en 1936…permettre à des réfugiés arméniens vivant sur le camp Victor Hugo près de la gare Saint Charles de pouvoir disposer de cabines de douches. Un établissement toujours ancré dans la rue de la Fare, toujours géré par la même famille.

Camp Victor Hugo à Marseille

Camp Victor Hugo (archives Aram)

Les parents de Jacqueline Serkizyan, actuelle propriétaire des lieux, ont fui l’Arménie en 1914. Dans un récit exposé un temps au Théâtre de l’Oeuvre et recueilli par Sarah Schreiber, Jacqueline raconte que son père est d’abord resté un an ou deux en Turquie puis est arrivé en France en 1917 où il commencera à travailler comme menuisier à Nice. Plus tard lui et sa femme prendront une épicerie à Marseille.

À l’époque il y avait un camp de réfugiés arméniens près de la gare Saint Charles, sur un terrain vague. Le camp Victor Hugo abrite alors six cents réfugiés russes et arméniens en 1923. En juin 1925, il reste au camp Victor Hugo une centaine d’enfants, 279 adultes et vieillards. Les gens se lavaient dehors avec des seaux d’eau. Alors la mère de Jacqueline a eu l’idée en 1936 d’ouvrir le bain, comme au pays avec des cabines de douches, d’un côté les hommes, de l’autre les femmes le tout dans un local qui permettait avant son réaménagement de stocker des boites de « La Vache qui rit. »

Jacqueline évoque dans son récit que le Hammam Sultan a échappé de peu aux bombardements pendant la deuxième guerre mondiale. Une bombe est tombée à quelques mètres, là sur le parking.

Hammam Sultan MarseilleElle raconte « Moi, j’étais à la campagne avec mon frère, à La Rose. On entendait les bombes qui tombaient. On nous a dit que nos parents étaient morts. On est parti à pied, on a marché jusqu’à Saint Juste. J’ai vu ma mère dans la rue et j’ai couru dans ses bras. Ça a été dur cette époque. On n’avait rien et il fallait se débrouiller. Aujourd’hui on a tout et on jette. Un trou dans la chaussette, on jette. A l’époque on raccommodait. Les choses avaient de la valeur. Maintenant les jeunes ont le portable dans la poche et tout le confort et ils rouspètent. Je vous le demande, où sont passés les sourires des jeunes, les sourires des gens ? »

Jacqueline annonce avoir travaillé toute sa vie dès l’âge de 5 ans, juste après la guerre. Elle vendait des petites bottes de radis dans la rue Sainte Barbe. Comme elle était petite, les gens lui achètent alors ses radis pour lui faire plaisir. C’est son père qui les cultivait dans un jardin à la Rose. Et aussi avec ses amis elle ramassait des escargots pour les vendre. C’est ensuite à l’âge de 10 ans, qu’elle commence à travailler ici aux douches.

Elle évoque qu’à ce moment là, c’était des arméniens qui venaient, des grecs, des juifs…ceux-ci ont laissé place aujourd’hui à des algériens, des marocains, des tunisiens.

Jacqueline explique que « Le quartier a bien changé. Avant dans la rue il y avait des beaux petits commerces, des épicerie, un vendeur de cacahuètes, c’était des arméniens. Il y avait un grossiste en mercerie. Il y avait des boulangeries un peu partout. Il y avait une verrerie juste en face. Leurs assiettes étaient magnifiques. La verrerie Garrouste, elle était très connue. Il y avait des magasins de fourrures rue Nationale, ça je m’en souviens ! Petite je restais longtemps devant leurs vitrines. Je rêvais d’une fourrure pour ma poupée. Aujourd’hui il n’y a que des grossistes, de la bonneterie et des vêtements, c’est tout !« 



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