Gare de L’Estaque 12 Avenue de la Gare, 13016 Marseille
5488
Arrondissement : 16ème

Sur la ligne de chemin de fer Avignon-Marseille créée à l’initiative de Paulin Talabot et inaugurée en 1848, la Gare de L’Estaque fut construite en 1851 et devait entraîner la naissance d’un nouveau quartier qui prit son nom. L’arrivée du train dans ce quartier demeuré isolé jusque là, allait profondément bouleverser le quotidien du vieux village de pêcheurs et de tuiliers…L’architecture de la gare est remarquable pour ses constructions annexes aux structures métalliques, édifiées à la fin des années 1920 dans le style Art déco, inscrites au titre des monuments historiques.

gare-de-l-estaque-marseille-7L’Estaque connut grâce au chemin de fer un formidable développement industriel accompagné d’un remarquable essor démographique.

Cette expansion économique, en outre aidée par le phénomène naissant de la villégiature balnéaire, se traduisit par l’urbanisation d’un terroir alors encore agricole et par la création d’un paysage singulier où se jouxtaient maisons de pêcheurs, logements ouvriers, villas, usines, bâtiments de commerce et de loisir, dans un paysage de mer et de collines marqué par de grands ouvrages d’art.

L’on sait quelle fut la contribution de ce paysage pour l’histoire de l’évolution de la peinture moderne et combien il fut immortalisé par les plus grands peintres de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle.

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Abri du Quai Nord, inscrit au titre des monuments historiques

Au-delà, la gare de L’Estaque devait jouer un rôle considérable dans le développement des activités marchandes de la ville de Marseille en particulier avec la création en 1891 d’une ligne la reliant directement aux nouveaux ports de la Joliette.

Une quinzaine d’années plus tard, l’ouverture de la ligne de Miramas par le littoral confirmait sa prépondérance.

Si le bâtiment des voyageurs de 1851 fut conservé, la gare connut une extension au début du 20ème siècle : doublement des voies, création d’un passage souterrain, construction de pavillon et abris en ferronnerie sur les quais.

La qualité de ces ouvrages réalisés dans le style art nouveau alors en vogue, lui conféra, à l’instar des petites stations de la Côte bleue, un caractère aimable de gare de villégiature.


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Passage souterrain couvert de dalles de verre (1925), inscrit au titre des monuments historiques

Le « bâtiment des voyageurs » présente l’architecture modeste et standardisée des gares de passage construites en zone suburbaine dans la seconde moitié du 19ème siècle : corps de bâtiment rectangulaire à deux niveaux, aux élévations soignées, abritant un logement à l’étage.

Trois quais sont reliés par un passage souterrain qui conserve son décor de faïence blanche et son couvrement en dalles de verre réalisé par la firme Hennebique en 1925/1930 pour assurer un éclairage naturel.

Le pavillon d’entrée du passage souterrain et les abris des quais, dont celui du quai central intègre une salle d’attente, forment un plaisant ensemble de petites constructions métalliques autrefois vitrées.


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Pavillon d’entrée du passage souterrain, inscrit au titre des monuments historiques

Protection

En raison de sa valeur de témoignage historique, de la qualité architecturale de ses aménagements du début du 20ème siècle, enfin du caractère identitaire de cet édifice devenu emblématique du 16ème arrondissement de Marseille, la gare de L’Estaque est inscrite au titre des monuments historiques, par arrêté du 22 / 11 / 2012, pour les parties suivantes :

– les façades et toitures du bâtiment des voyageurs
– le passage souterrain avec ses escaliers
– l’ensemble des abris en ferronnerie


Gare de bifurcation, l’Estaque est située au point kilométrique (PK) 851,6993 de la ligne de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles et au PK 870,0814 de la ligne de Miramas à L’Estaque. Elle est également l’origine de la ligne de L’Estaque à Marseille-Joliette. Son altitude est de 54 m.

La gare de L’Estaque est le point de jonction, de plusieurs lignes d’importances diverses comprenant :

gare-de-l-estaque-marseille-3Premièrement, la ligne classique Paris-Marseille reliant Marseille-Saint-Charles à Avignon, Lyon et Paris, juste avant le tunnel de la Nerthe qui la fait passer de la cuvette de Marseille au bord de l’Étang de Berre (ligne à double voie, électrifiée);

Deuxièmement, la ligne de la Côte Bleue, reliant Marseille à Miramas en suivant à partir de L’Estaque une côte escarpée par une succession impressionnante de viaducs et de tunnels, qui est une ligne secondaire, non électrifiée mais à double voie, desservant les stations touristiques de Carry-le-Rouet et Sausset-les-Pins, et représentant en fait de l’extrémité sud de ce qui devait être le double de la ligne du PLM de Paris à Lyon par le Bourbonnais, de Lyon à Avignon par la rive droite du Rhône, et d’Avignon à Marseille par Cavaillon et Port-de-Bouc.

Les trains de grandes lignes ne suivent plus cet itinéraire : le dernier train direct de Paris à Marseille via Port-de-Bouc (le Phocéen) a été supprimé dans les années 1990 ;

gare-de-l-estaque-marseilleTroisièmement, l’embranchement vers La Joliette, ancienne « gare maritime » de Marseille, où, jusqu’à la fin des années 1960, les voyageurs en provenance ou à destination de l’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient transitaient directement entre le bateau et le « train-paquebot ».

Cet embranchement, à double voie et électrifié, dessert les gares fret du Canet (les Crottes), de Mourepiane, et d’Arenc, ainsi que la halte voyageurs d’Arenc-Euroméditerranée mise en service en février 2014.

La ligne de L’Estaque à Marseille Saint-Charles par Arenc (« voies du port ») a été ouverte au trafic voyageurs à la fin des années 2000 et est aujourd’hui desservie par des TER Provence-Alpes-Côte d’Azur reliant Marseille à Miramas via Vitrolles-Aéroport-Marseille-Provence et Rognac, ou bien via Martigues.


Dans son recueil Les voisinages de Van Gogh (NRF Gallimard, 1985), René Char lui consacre une suite poétique en prose, La gare hallucinée : « L’Estaque secrète écoute la gare s’éveiller telle que les divins un matin l’ont surprise».


SOURCES Wikipédia & Marie-Odile Giraud, chargée d’études documentaires à la C.R.M.H
PHOTOS Archives & Fr.Latreille & culturecommunication.gouv.fr

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