Fontaine d’Ivoire, La Légende de Gyptis & Protis Sormiou, 13009 Marseille
4320
Arrondissement : 9ème

Nommée également Fontaine de Voire, Fouent de Voiro ou encore Font de Voyre, beaucoup de mystères entourent cette grotte et cette fontaine du massif de Marseilleveyre…en effet certains y localisent la légende fondatrice de la ville avec le passage de Gyptis et Protis. 

Gyptis, la Ligure, offre une coupe d’eau, puisée à fontaine d’ivoire, à Protis le Grec. Le roi Nann offre aux nouveaux époux, en dot, la calanque de l’actuel vieux port pour établir la colonie grecque arrivant de Phocée

Fontaine d'Ivoire, La Légende de Gyptis & ProtisSi la légende de Fontaine d’ivoire est donc née, comme la ville, il y a 2 600 ans, son nom actuel est bien plus récent. Le véritable nom du lieu est la Fontaine de Voire, nom d’un ancien propriétaire qui avait là une habitation dont les ruines existent encore.

La légende de Gyptis et Protis est le mythe fondateur qui raconte la fondation légendaire de Marseille vers 600 av. J.-C. par des colons grecs venus de la cité de Phocée en Ionie.

Le mythe existe au moins dès le ve siècle av. J.-C. puisqu’Antiochos de Syracuse le mentionne. Mais nous ne disposons désormais que de deux sources principales : l’histoire décrite par Aristote dans « La Constitution des Massaliotes », la plus ancienne, et celle de Trogue Pompée dans son Histoires philippiques, aujourd’hui perdue mais résumée par le romain Justin.

Si les deux versions présentent quelques différences, elles racontent toutes deux le mariage de Gyptis (ou Petta), fille du chef des autochtones, avec Protis (ou Euxène), un marin originaire de Phocée. Lors de ses noces, la princesse choisit alors d’épouser l’étranger en lui présentant une coupe emplie d’eau au cours d’un repas.

Fontaine d'Ivoire, La Légende de Gyptis & Protis, Marseille

Gyptis et Protis (1874) par Joanny Rave

Le mariage du chef des colons avec la fille du souverain local reflète les rapports pacifiques qu’ont voulu entretenir les Phocéens avec les autochtones, contrairement à d’autres colonies où ils s’emparent du territoire par la force ou la ruse. Les marins cherchent à commercer avec eux et s’installer durablement et pacifiquement sur leur territoire. Grâce à la force créatrice du mythe, descendants de colons et d’indigènes se dessinent une origine commune dans leur mémoire collective.

D’ailleurs, quand Euxénos prend Petta pour femme, Aristote en parle en utilisant le verbe συνοικείν (« cohabiter »), qui peut servir à désigner la cohabitation de deux personnes, mais aussi de deux groupes. Et lorsque celle-ci épouse Eúxenos (Εὔξενος, « le bon hôte »), il fait changer son nom en Aristoxénè (Αριστοξενη, « la meilleure des hôtesses »).

Le mariage de Protis et de la fille du roi symboliserait donc l’alliance des deux peuples, où l’étranger se fond parmi les indigènes. Prôtis « d’hôte devient gendre » nous dit d’ailleurs Trogue Pompée. On pourrait aussi y voir la volonté des Phocéens de s’approprier l’identité des autochtones dès le début, ou bien au contraire de conduire à leur hellénisation. Le recours aux mariages mixtes est en outre nécessaire et courant dans les premiers temps de la colonisation.


SOURCES Dictionnaire topographique de l’arrondissement de Marseille & titidegun.fr & Wikipédia
PHOTOS Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com & Archives

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