Cristal Anis Limiñana 99 Boulevard Jeanne d'Arc, 13005 Marseille
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L’anisette Cristal est une liqueur créée en 1884 à Alger par les frères Limiñana, Manuel et Pascual, des Pieds-Noirs espagnols originaires d’Alicante. Avec l’indépendance, en 1962, le fils d’un des fondateurs implante l’usine à Marseille dans les mêmes bâtiments qu’aujourd’hui, dans les locaux des anciennes faïenceries de Saint-Jean du Désert.

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Alger 1880

Plus de 130 ans après sa création, « Cristal Limiñana, Distillerie de La Méditerranée » est restée dans la famille, détenue à 100% par Noëlle Limiñana, et Édouard Vasserot épaulée par leur fille Maristella Vasserot en charge de la communication de l’entreprise fondée par son arrière-grand-père Manuel !

En 1876, Pascual Limiñana fut le premier de la famille à quitter le village espagnol de Montforte del Cid. Puis ce fut le tour de son frère Manuel. La misère sévissait alors dans les campagnes espagnoles et leur père ne parvenait plus à nourrir sa nombreuse famille.

Il décida de les envoyer, d’abord l’un, puis l’autre, tenter leur chance en Algérie. Ayant à peine atteint l’âge de douze ans, chaque enfant se vit remettre un peu de nourriture enveloppée dans un linge noué aux quatre coins et dut parcourir à pied les vingt kilomètres qui séparaient Montforte du port d’Alicante, tout en se remémorant les recommandations paternelles :

« Si tu t’allonges en attendant le bateau, pose ta tête sur une pierre rugueuse pour ne pas t’endormir, car il repartirait sans toi. Lorsque le bateau sera là, présente-toi au Capitaine et demande-lui de te prendre à son bord« .

cristal-liminana-anisette-cristal-pastis-de-marseille-2C’est ainsi qu’ils s’en allèrent l’un après l’autre pour servir dans le bar de leur oncle installé rue de la Marine à Bab-El-Oued.

En échange de leur travail, ils étaient logés et nourris, mais ne recevaient aucun salaire. Manuel livrait aux clients de son oncle des tonneaux de vin qu’il faisait rouler le long des rues en pente.

Il se contentait d’un sou en guise de pourboire. Lorsqu’il avait réuni quelques pièces, il se rendait au kiosque à journaux pour acheter quelques feuillets des romans de Jules Verne publiés chaque semaine par la maison d’édition Hetzel.

Il les lisait le soir à la lueur d’une bougie avant de s’endormir sur une table du bar. Il se procura aussi un dictionnaire afin de mieux déchiffrer ces passionnants récits, ce qui lui permit d’acquérir peu à peu une parfaite maîtrise de la langue française.

Le bar était fréquenté par de nombreux Espagnols qui, par les chaudes soirées de juillet, s’abandonnaient au souvenir mélancolique de la paloma, l’anis qui les désaltérait si agréablement dans leur pays.

cristal-liminana-anisette-cristal-pastis-de-marseille-4Manuel et Pascual demandèrent à leur oncle de se procurer des « fleurs d’anis » afin de préparer eux-mêmes la délicieuse boisson, ainsi qu’il l’avait vu faire dans leur village. Alors les clients du bar se firent plus nombreux. Pascual et Manuel allaient livrer à travers Alger des bonbonnes d’anis. Leur oncle leur versait désormais un salaire.

Jugeant qu’il avait économisé assez d’argent, Pascual décida de regagner son pays natal afin d’y acheter des terres. Manuel s’installa au Hamma, alors séparé d’Alger par une vaste étendue d’eucalyptus. Il acheta un terrain de 350 m2 au n° 26 de la rue Caussemille et, dans un local exigu, il créa en 1884 le Cristal Anis.

L’étiquette, semblable à du parchemin, était composée de plusieurs symboles : la fleur d’anis et les emblèmes des différentes communautés qui se côtoyaient en Algérie. La graine de fleur d’anis macérait dans de l’alcool à l’intérieur de chaudrons de cuivre avant d’être distillée dans un alambic des plus rudimentaires.

Cristal Anis Limiñana, Usine et boutique officielle, Marseille

Manuel remplissait les bouteilles une à une et recouvrait l’extrémité du bouchon à l’aide d’un papier argenté. Il fit agrandir son entrepôt et construire un appartement. D’autres maisons furent édifiées aux alentours. Il lui fallut alors acheter une charrette et des chevaux pour répondre à la demande croissante de la clientèle.

Manuel fut d’abord secondé par son fils aîné, François, qui mourut avant lui. Lorsqu’il disparut à son tour, en 1936, la fabrique comptait une dizaine d’employés. Ses deux autres fils, Ernest et Manuel, développèrent l’activité de l’entreprise. On passa au remplissage mécanique puis à la chaîne d’embouteillage.

De nouveaux produits furent créés : l’IMPERIALE MANDARINE, le PACHA MINT, les SIROPS DU PACHA, l’AROPE. Ernest mourut en 1948. Malgré la seconde guerre mondiale et l’interdiction de la vente d’alcool longtemps en vigueur, le Cristal Anis était devenu la boisson nationale des habitants d’Algérie. Le nombre d’employés de l’entreprise avait doublé.

Manuel Limiñana (fils) se lança dans la production de vin dans sa propriété de Bouzaréah. Il remplaça les vieux camions Unic par des semi-remorques qui, chaque matin, partaient pleins à craquer vers le sud algérien. Il entreprit des travaux d’agrandissement de l’usine en construisant un entrepôt, rue des Allumettes.

Manuel devint le mécène du sport boules et créa de nombreux clubs boulistes en Algérie, en métropole et même en Espagne, où ce jeu était encore inconnu. Puis débuta la guerre d’Algérie et les nombreux appelés du contingent qu’il accueillait chaque dimanche à sa table découvrirent le Cristal. Il patronna le théâtre aux armées et finança le lancement en France de la pièce La Famille Hernandez. Ainsi, bien avant l’indépendance de l’Algérie, le Cristal fut connu sur l’autre rive de la Méditerranée.


Le départ d’Algérie pour Marseille

Cristal Anis Limiñana, Usine et boutique officielle, MarseilleEn 1961 furent créées la société des Anciens Etablissements Limiñana et la société CRISTAL Limiñana . Quelques mois plus tard, Manuel Limiñana , qui avait conservé la nationalité espagnole, fut arbitrairement expulsé d’Algérie et de tout le territoire français par le gouvernement de l’époque.

Après l’indépendance, l’usine fut nationalisée par l’Etat algérien et le siège social fut transféré à Paris. Une succursale fut implantée à Marseille l’année suivante. Après des années difficiles durant lesquelles il dirigeait ses collaborateurs depuis l’Espagne, Manuel Limiñana put enfin regagner la France.

Il acheta la Distillerie de la Méditerranée et fit construire une nouvelle usine au 99 Boulevard Jeanne d’Arc, dans le 5ème arrondissement de Marseille (adresse du siège social actuel).

Sillonnant l’hexagone pour promouvoir le Cristal Anis, il donna à la marque un nouvel essor. Depuis la mort accidentelle de Manuel Limiñana , survenue en 1971, la société demeure à cent pour cent familiale.


La marque aujourd’hui

Cristal Anis Limiñana, Usine et boutique officielle, MarseilleAujourd’hui exportant principalement en Espagne et en Italie, et depuis peu en Algérie, la société confectionne des boissons anisées, du pastis en passant par l’anisette mais elle aussi élargie sa gamme avec des sirops et même une vodka depuis 2015.

Sa marque phare Cristal Anis, contribue, avec sa version sans alcool, à plus de la moitié de la production. Elle resterait pour beaucoup de Pieds-Noirs leur madeleine de Proust autour de laquelle ils évoqueraient leurs souvenirs de jeunesse en Algérie.

Tous les fournisseurs de Cristal Limiñana sont Français, et pour la plupart provençaux jusqu’à l’un de ses distillateurs Beauvilliers Flavors basé à Peynier.

La boutique officielle est à découvrir au 99 bd Jeanne d’Arc dans le 5ème, l’usine se visite sur rendez-vous.


SOURCES Wikipédia & Econostrum & Cristal Limiñana
PHOTOS Cristal Limiñana & Wikipédia

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