28 rue Dieudé, 1973, l’Attentat et l’Été Rouge de Marseille 28 rue Dieudé, 13006 Marseille
2355
Arrondissement : 6ème

Une plaque noire « Mémoire et réconciliation » apposée le 28 janvier 2018 au 28 rue Dieudé rend hommage aux victimes de l’attentat perpétré ici le 14 décembre 1973. A 10h58 une bombe explosa au Consulat Général de la République Algérienne Démocratique et Populaire faisant 4 morts et 18 blessés. L’acte est revendiqué par le groupe Charles-Martel composé d’anciens de l’OAS et de nostalgiques de l’Algérie française. Les ratonnades de 1973 sont une vague de violences racistes envers les Algériens perpétrées en France, principalement à Grasse et Marseille, pendant l’été et l’automne de cette année. L’historien Gérard Noiriel décrit cette sombre période marseillaise avec ces mots… »l’été rouge de Marseille ».

28 rue Dieudé, 1973, l'Attentat et l’Été Rouge de MarseilleSelon l’ambassade d’Algérie en France, ces violences ont fait 50 morts algériens et 300 blessé. Les organisations de travailleurs Nord-africains font quant à elles état d’une douzaine de morts en sus des quatre victimes de l’attentat du 14 décembre contre le consulat d’Algérie à Marseille. La sociologue Rachida Brahim a décompté 16 assassinats de Nord-africains en 1973 dans la cité phocéenne, la plupart restés impunis…

Ces événements interviennent onze ans après la fin de la guerre d’Algérie et lors du premier choc pétrolier. Face aux difficultés économiques, le gouvernement Pierre Messmer, sous la présidence Pompidou, adopte la circulaire Marcellin-Fontanet, qui limite l’immigration en France. La population française est alors divisée sur la question de l’immigration.

En septembre 1972, un mouvement de protestation à la circulaire se met en place pour soutenir les immigrés en situation irrégulière par des grèves, dont des grèves de la faim. La contestation est forte à Valence, et plusieurs églises de la Drôme annulent, en signe de solidarité, la messe de Noël. La question de l’immigration entre dans l’actualité et, en juin 1973, la circulaire Fontanet est assouplie.

Le 12 juin 1973, le maire de Grasse, Hervé de Fontmichel, fait asperger par une lance incendie des travailleurs immigrés manifestant pour la régularisation de leur situation qui tentaient de pénétrer dans la mairie. Ceci fait monter la tension, et des affrontements commencent, dégénérant en « ratonnades ». Plusieurs blessés, dont un grave, sont à déplorer chez les travailleurs immigrés.

28 rue Dieudé, 1973, l'Attentat et l’Été Rouge de MarseilleLe 21 juin 1973, le groupe d’extrême droite Ordre nouveau, dont des affiches avaient été placardées à Grasse, organise un meeting à la Mutualité, à Paris, avec pour slogan « Halte à l’immigration sauvage ». La contre-manifestation de gauche n’est pas autorisée, mais a tout de même lieu, dégénérant en affrontements avec la police qui font plus de 70 blessés chez les forces de l’ordre. Dans la foulée, le ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin, fait dissoudre Ordre nouveau ainsi que la Ligue communiste et arrêter son dirigeant, Alain Krivine.

Dans ce contexte de tension, un événement met le feu aux poudres à Marseille : le 25 août 1973, l’Algérien Salah Bougrine assassine un conducteur d’autobus, E. Gerlache, en l’égorgeant au couteau.

Un « Comité de défense des Marseillais » se constitue pour « assurer la sécurité des Français » ; il s’installe dans les locaux du Front national de Marseille. M. Pujol, député suppléant, déclare alors : « Les immigrés finissent par croire qu’ils sont chez eux […]. Ils sont à la charge du contribuable français »

Malgré l’appel au calme de l’archevêque de Marseille, Roger Etchegaray, diffusé au journal de 20 heures, des violences s’en suivent. Dans la nuit du 27 au 28 août, 50 « paras » du 9e régiment organisent une ratonnade à Toulouse, qui fait plusieurs blessés. Le journal Le Monde du 30 août évoque une « expédition punitive » menée à la suite d’une bagarre survenue lors d’un bal le dimanche précédent, au cours de laquelle deux militaires ont été blessés.

28 rue Dieudé, 1973, l'Attentat et l’Été Rouge de MarseilleEn dépit du fait que le 9e RCP a été aussitôt consigné, une cinquantaine de paras a réussi à faire le mur et agresse plusieurs Nord-africains. L’un d’entre eux sera hospitalisé. Les cinquante soldats qui ont pris part à l’expédition ont été envoyés en manœuvres spéciales à titre disciplinaire.

Dans la nuit du 28 au 29 août, un Algérien est abattu à la sortie d’un café et un cocktail Molotov est jeté dans une entreprise de la Ciotat, où travaillent majoritairement des Algériens.

Le Mouvement des travailleurs arabes réagit en lançant un appel à la grève générale contre le racisme pour le 3 septembre 1973. Il est suivi par 20 000 personnes à Marseille et dans la région.

Le 4 septembre 1973, le gouvernement expulse le pasteur suisse Berthier-Perregaux, représentant à Marseille de l’association d’aide aux migrants la CIMADE. Le Monde parle de décision « arbitraire », tandis que L’Aurore évoque une « provocation ».

En Algérie, le président, Houari Boumédienne, suspend l’émigration algérienne vers la France et critique la passivité des autorités françaises. L’ambassadeur algérien en France dénonce également la complaisance du maire de Marseille, Gaston Defferre, et l’inaction de la police.

Le président français Georges Pompidou déclare le 27 septembre 1973 : « La France est profondément antiraciste. […] En France, de racisme il n’y en a pas, en tout cas il ne doit pas y en avoir. » Toutefois, l’attitude du gouvernement est critiquée. Le Monde parle notamment d’indifférence.

Le 14 décembre 1973 un attentat au consulat d’Algérie de Marseille fait quatre morts et vingt blessés. L’attentat est revendiqué par le groupe Charles-Martel composé d’anciens de l’OAS et de nostalgiques de l’Algérie française. Fin décembre, plusieurs autres victimes algériennes sont ciblées, avec un mort à Izeron (Isère) le 25.

La plaque du 28 rue Dieudé à a été apposée le 28 janvier 2018. La cérémonie a réuni l’ambassadeur d’Algérie, des représentants de la mairie de secteur, de la Ville et du conseil régional, ainsi que des victimes et témoins de l’attentat. C’est l’association Mémoire et réconciliation, présidée par Fazia Hamiche qui est à l’origine de cette pose de plaque. Elle a déclaré dans un article de marsactu.fr « Il faut garder en mémoire cet événement tragique et ceux qui l’ont précédé. Ce travail de mémoire doit aussi être un trait d’union entre les communautés, les Marseillais, quelles que soient leurs origines”.


SOURCES wikipedia & Marsactu.fr
PHOTOS Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com

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