Station Alexandre est la gare de triage d’une ancienne huilerie du début du 20ème, installée dans la deuxième zone franche de Marseille, dans le quartier du Canet. Réhabilitée dans le respect d’une architecture exceptionnelle, Station Alexandre accueille une centaine d’activités dans le Hall Gustave, le Quai Félix et le Pavillon Victor.

station-alexandre-marseille-7Les quartiers d’arrière port, comme celui du Canet ont accueilli, fin 19ème siècle, début 20ème de nombreuses industries, huileries, savonneries, tuileries qui ont fait la richesse et la réputation de Marseille.

Le hangar de l’histoire, situé au Canet, cachait un véritable trésor architectural, une charpente attribuée à Gustave Eiffel. Cette charpente soutenait la gare de triage de l’huilerie que Victor Régis avait fait construire juste avant la première guerre mondiale, sur la butte du boulevard Charles Moretti. (14ème)

S’étendant sur 40 000m², silos, chaufferies, entrepôts formaient un complexe ultra moderne, où l’on extrayait à chaud l’huile d’oléagineux qui entrait dans la fabrication du savon. Armateur et négociant, Victor Régis faisait débarquer à la Joliette ses chargements d’arachide et de copra qu’une ligne de train privée amenait directement dans cette garde au coeur de l’huilerie.

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Pourquoi ce bâtiment est-il doté d’une si grande richesse décorative ? Par quel mystère colonnes de fonte aux chapiteaux corinthiens, charpente rivetée, frises en linteaux décorées de rosaces ont-elles été construites ou amenées là ? On n’en connaît pas vraiment l’origine.

D’aucuns prétendent qu’il sagit d’un pavillon d’exposition coloniale; les charpentes métalliques de cette époque, souvent constituées d’éléments préfabriqués, étaient, de fait, aisément transportables. Quoiqu’il en soit, cette gare dégage un effet de puissance d’esthétique qui exprime à la fois la modernité et le sens de l’activité industrielle.

Prisonnière d’une gangue de béton, recouverte de tôles, la gare de triage était oubliée. Elle n’avait, en fait, fonctionné que peu de temps; dès les années 30, qui marquèrent la crise des savonneries marseillaises, l’huilerie avait périclité. Dans les années 50, on ajouta aux bâtiments d’origine mal adaptés aux nouvelles méthodes de stockage, hangars et entrepôts, sans souci de pérennité, et encore moins d’esthétique.


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En 2003, c’était une friche. C’est alors que le quartier du Canet, par la grâce d’un découpage ministériel, devint ZFU (Zone Franche Urbaine). Aussitôt, les investisseurs immobiliers se précipitèrent sur le foncier disponible. Les bâtiments en pierre de l’huilerie furent restaurés à la hâte et transformés en bureaux, le vieil hangar sans intérêt promis à la démolition

Passant par là, mandatée par son époux pour trouver 500m² pour leur cabinet d’expertise comptable à l’étroit en centre ville, Sylvie Caulet rencontre, découvre et se passionne pour les 10 000m² du bâtiment et de ses annexes. Elle décide de les sauver, et de les restaurer. Par goût inné de l’architecture, et mûe par un sentiment de révolte devant la disparition programmée d’un des derniers fleurons du patrimoine industriel marseillais.

Ce coup de coeur et de courage, Sylvie Caulet allait le mettre au service d’une reconstruction ambitieuse et respectueuse de l’histoire et du passé.

3 années de travail acharné seront nécessaires pour faire sortir de terre Station Alexandre, dont le nom est un hommage au grand père maternel, entrepreneur. Le tour de table financier (Caisse des Dépôts et banques) assuré, l’architecte engagé (Eric Castaldi), les travaux de réhabilitation débutèrent en 2004.

station-alexandre-marseille-4Il a fallu démolir au maillet pour préserver les pierres du soubassement, dégager la charpente sans l’endommager, la restaurer, reconstruire à l’identique les morceaux manquants ou trop abîmés.

Evoquer la symbolique de la gare, rendre hommage aux audaces techniques des architectes ingénieurs du 19ème supposait de mettre en valeur l’armature de fer et de fonte; le parti pris de la réhabilitation : reconstruire « en dedans » à 80cm de retrait pour laisser vivre et rayonner la structure, dégager l’espace intérieur, illuminer les volumes avec les parois de verre qui jouent sur la lumière, la transparence, et l’ambiguïté : Quand est-on dedans, quand est-on dehors ?

Les volumes intérieurs, sous 17m de hauteur, sont traités comme des façades de rue, avec fenêtres et corniches; une rue intérieure, à la manière des Passages urbains du 19ème, mène au coeur du Hall; briques, fonte, bois, béton sont mêlés dans une harmonie de tons et de textures.

Réhabilitation en centre urbain, Station Alexandre représente un véritable enjeu d’aménagement; c’est aussi, par la notoriété que le bâtiment véhicule, l’opportunité de changer l’image des quartiers Nord. Les collectivités locales en ont bien conscience, qui ont porté le projet depuis le début.

Associer dans un même lieu centre d’affaires et espace culturel, mais aussi centre médical, crèche et boutiques relevait de la gageure. Le pari est tenu.

Si les élus font de Station Alexandre le porte drapeau de la ZFU, les habitants du Canet se réjouissent, qu’en lieu et place d’un vieil hangar, renaisse une gare sur leur butte du boulevard Charles Moretti. Et cela, par la grâce d’une femme consciente de la valeur humaine du patrimoine urbain.


Aujourd’hui
station-alexandre-marseille-3La structure Eiffel de l’un, l’architecture années 50 des autres, se complètent et s’harmonisent ménageant des galeries de bureaux, des commerces, 5 salles pour réunions et colloques, des salons de détente, deux grands restaurants avec terrasse (l’un sur la façade principale, l’autre coté jardin), un café/saladerie au coeur de l’Atrium.

Un centre médical, paramédical, un laboratoire d’analyses médicales et une crèche complètent une offre qui permet de faire de Station Alexandre le centre de vie d’une zone en plein développement dans la proximité immédiate de bassins économiques industriels et tertiaires.

Station Alexandre en exploitant en dehors des heures de bureau l’espace sous la verrière de l’Atrium et les salles de réunion qui deviennent des loges et espaces annexes est devenu le lieu incontournable de l’événementiel d’entreprise haut de gamme.

Une diffusion régulière de concerts, de musique classique, jazz, opéra en petite forme et spectacles vivants associés (danse, art du cirque etc.) a donné ses lettres de noblesse à un ensemble immobilier dont la renommée dépasse largement les frontières de la ville.

Le Passage, traité façon passages parisiens, est dédié aux expositions d’art visuels avec une volonté didactique d’ouverture au quartier.


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