Arrondissement : 1er

le-grand-vide-marseilleComment Marseille a perdu sa Vieille-Ville ? L’association Les Labourdettes nous propose dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine un feuilleton historique inédit en 10 épisodes, une balade en photographie sur 110 ans d’Histoire méconnue du centre-ville de Marseille, un mystère urbain qui méritait un décryptage par l’image et les mots…

Créée en 2002 la très active Association des résidents du Square Belsunce « Les Labourdette » a pour objet la valorisation des immeubles dits  » Les Labourdettes « mais aussi la défense du patrimoine architectural, individuel et collectif dans le cadre de la Z.A.C de la Bourse et la recherche d’une meilleure qualité de vie au sein de cette zone avec l’organisation notamment de rendez-vous culturels, de rencontres et d’actions et projets citoyens.


LE GRAND VIDE | PREMIER ÉPISODE | VUE D’ENSEMBLE


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Cette « vue d’ensemble » laisse d’abord l’étrange sensation d’un inconnu urbain indatable : impossible d’y reconnaître le vocabulaire habituel qui fait la rue ou la place. Ici, ni chaussée, ni trottoir, ni place, ni jardin, ni rond-point, ni fait, ni à faire, ni pour piétons ni pour voitures. Les trois automobiles qui sont représentées à l’arrêt, semblent bien disposées pour la photographie et dans l’impossibilité d’y rouler. Une mise en scène moderne ? mais de quoi ?

place-de-la-bourse-episode-2-marseille-4A regarder dans les coins de cette vue, la sensation se fait plus affolante. La rupture violente du continuum historique et du tissu urbain pluri-centenaire se voit dans les quelques traces d’architecture abandonnées à gauche et à droite de la vue.

Même les figurants piétons, tous ces corps renversés hors de l’échelle des rues disparues alentour et dessous, semblent pressés de traverser cet étrange, jeté là. Et si l’homme lourdement chargé situé au centre de la vue était l’assistant du photographe ?

Et si les trois hommes en conversation devant la palissade et les gravats, en haut à gauche, étaient Walter Benjamin, Ernst Bloch et Siegried Kracauer, ensemble à Marseille le 8 septembre 1926 et saisis par la peur dans cet espace ?

Nous pourrions imaginer une rencontre, une discussion, une explication, une scène de film en costumes d’époque. Hélas non, tout cela avance sans rapport aucun, dans le silence terrible d’un espace qui n’est ni la vie, ni la mort.

Nous pouvons alors nous sécuriser en re-connaissant en haut de la vue : « l’Hôtel des Postes et des Télégraphes« , actuelle Poste Colbert, friche de luxe. Et à l’avant, la grande ombre portée qui est celle du « Palais de la Bourse« . Au centre, traverse, en disparaissant, la Grand-Rue, l’axe majeur Est-Ouest, depuis l’antiquité de la vie urbaine.

Trois monuments et un vide de ville pris en tenaille entre les quatre plus grandes avenues de Marseille-Centre : la Canebière, le Cours Belsunce, la rue Colbert et la rue de la République. Mais sommes-nous pour autant sécurisés ?


Réponse à la devinette :

Le quadrilatère que nous parcourons des yeux, le quart de la Vieille-Ville dans ses remparts, est devenu une parenthèse de 110 ans de Rien dans le cœur du temps urbain le plus long de France.

Entre 1962 (l’entrée des habitants dans les tours Labourdette sur le cours Belsunce) et 1852 (l’expulsion des habitants pour le palais de la Bourse et ses trois rues) le quadrilatère a été un champ de démolitions, un champ de charrettes emportant les meubles des plus pauvres, un périmètre d’expulsions pour utilité publique, un champ de palissades derrière lesquelles les maisons en attente de projet urbain s’écroulent…

– on le voit en haut à gauche de la photo – un champ d’incurie municipale, une ruinification volontaire, un champ de découvertes archéologiques, un champ de foire, un champ de baraques, de feux de chômeurs, de l’armée américaine aux transits de ban-lieux, un champ pour la « Reconstruction ».

Un ratage urbain ou une leçon moderne de la mémoire contextuée, celle qui ne veut rien oublier, même son propre rien ? Celle qui ne peut oublier que, loin dans l’inconscient collectif, la ville se crée autour d’un vide, symbole collectif ultime.

– 110 ans à construire, dans la perte, un texte de fondation ? – Nous le verrons dans le second épisode.


LE SITE AUJOURD’HUI

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Image satellite Google Earth


Découvrez tous les épisodes du feuilleton ici, et d’autres contenus sur dans un webdocumentaire, Habiter Entre, produit par Les Labourdettes et le collectif RIMEs


La vue d’ensemble est extraite de l’album photographique « Rues et places des quartiers de la Bourse à rénover » commandé par la Ville de Marseille, daté de 1926. Le photographe est inconnu. Un autre album l’accompagne, il est peu connu. il allie l’œil de l’ingénieur chargé des travaux et l’œil du patrimoine qui commence son irrésistible carrière : « Démolition des quartiers de derrière la Bourse », 1925-27. [MHM 89 3 34017]. L’association « Les Labourdettes » remercie toute l’équipe du Musée d’Histoire de Marseille pour leur aide et leur soutien.
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