Arrondissement : 8ème

La défaite française et l’occupation allemande ramènent à Marseille la Comtesse Lily Pastré en « zone libre » jusqu’en 1942. Par son père, Lily Pastré était l’arrière-petite-fille d’Anne Rosine Noilly-Prat. Son ex-époux lui laisse alors la jouissance d’une propriété au cœur du domaine Pastré : la Villa Provençale, une magnifique bastide du XVIIIème niché dans le Parc de la Campagne Pastré. Lily la réaménage entièrement selon son goût et commence à y recevoir des personnalités de passage (Joséphine Baker, Edith Piaf) avant de fonder une association pour que même en temps de guerre on puisse continuer de faire vivre la culture sous toutes ses formes mais aussi venir en aide aux exilés de toute sorte. La villa est aujourd’hui réservée à l’hébergement des hôtes de marque et aux réceptions officielles de la Mairie.

Carte postale de la Villa dont Lily Pastré se servait pour son courrier personnel.

Selon le site musiques-regenerees.fr, en cette fatidique année de 1942 , Marseille s’est emplie d’un flot de réfugiés venus de la zone occupée. Intellectuels et artistes de renom (André Breton, Max Ernst, Wifredo Lam, le jeune Claude Lévi-Strauss), Allemands opposés au régime nazi (Rudolf Breitscheid ou Rudolf Hilferding qui seront hélas arrêtés), Israélites conscients de la terrible menace planant au dessus de leurs têtes : ils sont des milliers en attente d’un bateau pour l’Amérique ou cherchant à fuir vers l’Espagne et le Portugal.

C’est pour ces gens-là qu’un jeune agent américain, Varian Fry, a fondé, au cœur de la cité phocéenne, un Centre Américain de Secours. Parmi les personnalités qui patronnent son comité, on trouve déjà le nom de la comtesse Pastré.

Grâce à lui, beaucoup , les plus connus, parviendront à déjouer le dispositif policier ; mais un plus grand nombre, encore, ne sortiront jamais de la souricière marseillaise. Émue par ce désastre culturel et humain, Lily Pastré décide à son tour de créer, fin 40, une association, «Pour que l’Esprit Vive».

la-villa-provencale-parc-de-la-campagne-pastre-marseille-lilly-pastreSon but : faire vivre la culture sous toutes ses formes mais aussi venir en aide aux exilés de toute sorte. Évidemment, c’est avec son seul argent que l’association mènera à bien ses différentes missions. Elle créera même un prix de virtuosité pianistique doté de 5000 F.

Dans sa villa de Montredon, c’est à présent un va-et-vient incessant. On y croise des musiciens (Pablo Casals, Darius Milhaud, Georges Auric, Samson François, Rudolf Firkušný (1912-1994), des peintres (André Masson, Rudolf Kundera qui sera son portraitiste) et des hommes de lettres (Lanza Del Vasto, Marcel Brion, Gérard Bauer).

Certes, elle n’est pas la seule, durant cette trouble période, à exercer une activité de mécénat ; et l’on ne peut que citer ici des personnalités comme Cécile de Valmalète et Marguerite Fournier, très estimée de Paul Valéry. Mais Lily Pastré va le faire avec un faste inégalé.

Des concerts, chez elle, sont donnés tous les jours. Sa table est également ouverte et bien garnie ; chaque soir, ce sont vingt à vingt-cinq convives qui s’y régalent à ses frais.

En outre, elle a ses protégés qu’elle héberge sans limitation de durée, notamment des musiciennes d’origine juive : Lily Laskine (1893-1988), Youra Guller (1895-1981), Monique Haas (1909-1987), Madeleine Grey née Madeleine Nathalie Grunberg (1896-1979) et surtout la pianiste Clara Haskil (1895-1960). Cette dernière, atteinte d’une tumeur au cerveau, sera opérée avec succès grâce à l’aide financière de la comtesse. C’est encore elle qui lui obtiendra, un peu plus tard, un visa pour la Suisse, la sauvant ainsi de la déportation.

De toutes les soirées artistiques qu’elle finance durant ces années, la plus mémorable reste cette unique représentation, le 27 juillet 1942, du «Songe d’une nuit d’été» de Shakespeare sur une musique de Jacques Ibert dans une mise en scène de Jean Wall et Boris Kochno (Manuel Rosenthal est au pupitre et dirige l’Orchestre National et les Choeurs de Félix Raugel).

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La Villa et son jardin

Pour habiller les 52 comédiens de la pièce, Lily Pastré confiera ses rideaux et ses tentures au jeune Christian Bérard qui les transformera en costumes de scène. Aucune trace n’en est restée puisqu’à l’issue de la soirée, ils furent tous brûlés pour être fidèle à l’esprit du « Songe ». Le peintre tchèque Rudolf Kundera a laissé de nombreux croquis de tous ces artistes et le critique musical roumain, Antoine Goléa a décrit cette soirée inoubliable.

Mais cette enclave paradisiaque sera malgré tout rattrapée par la guerre, puisque les soldats allemands y prendront, un temps, leurs quartiers.

parc-de-la-campagne-pastre-montredon-photos-horaires-informations-marseilleVient enfin la Libération. Elle ne met pas un terme, loin de là, aux prodigalités de la comtesse. La compagnie du Rideau Gris de Louis Ducreux continue d’en bénéficier, d’autant qu’elle a créé, en 1942, « Une grande fille toute simple » d’André Roussin dont le personnage d’Edmée est directement inspiré de Lily Pastré.

Elle se tourne aussi vers Aix où Gabriel Dussurget vient de créer, en cette année 1948, un festival d’art lyrique promis à un bel avenir. Lequel n’aurait sans doute jamais pu débuter sans le soutien de la comtesse. Elle en sera pourtant peu à peu écartée quand celui-ci sera devenu une entreprise rentable. Déçue, Lily Pastré se replie de plus en plus sur ses terres et ses souvenirs.

Elle n’en reste pas moins sensible aux demandes qu’on lui adresse ; l’un de ses derniers gestes généreux sera d’offrir à l’abbé Pierre une parcelle de son domaine pour les Compagnons d’Emmaüs. Mais sa fortune a fini par fondre comme neige au soleil et, le 6 juin 1974, elle se voit contrainte de céder à la Municipalité sa Villa Provençale.

Deux mois plus tard, le 8 août, elle décède dans sa quatre-vingt troisième année. Bien vite la totalité de ses terres deviendra propriété de la Ville de Marseille.


parc-de-la-campagne-pastre-montredon-photos-horaires-marseille-4Entre la Pointe Rouge et la Grotte Rolland, le parc Pastré s’étend sur 120 hectares, jusqu’aux collines de Marseilleveyre. Plus connu sous le nom de « Campagne Pastré », il est associé, dans la mémoire des Marseillais, à la famille Pastré qui constitua le domaine entre 1836 à 1853.

Jusqu’à l’arrivée du Canal de Marseille, grâce aux efforts constants des propriétaires pour capter l’eau, quelques prés et de rares potagers s’étendent sur la partie basse, ainsi que des vignes, des céréales et des fruitiers (amandiers, figuiers, abricotiers).

Mais la végétation naturelle, outre la garrigue qui couvre les coteaux, est essentiellement constituée de pins d’Alep, de chênes verts, de laurier tins et de cette variété de genévrier appelée « Mourven » en provençal.  Selon la légende, le plus célèbre spécimen, aujourd’hui disparu, abrita, les amours de Bonaparte et de Désirée Clary.

Avec la « révolution de l’eau », le domaine prend des allures de parc à l’anglaise, décoré de statues et ponctué de petits lacs artificiels sur lesquels on aime canoter au milieu des canards et des cygnes. Peu à peu, les cultures cèdent la place aux jardins d’agrément et la végétation s’enrichit d’espèces introduites (pins parasols, yuccas, bambous…). On y élève même des autruches !

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Château Pastré

Parallèlement, trois demeures de prestige sont édifiées entre 1845 et 1865. La plus prestigieuse, le château Pastré, est une élégante construction de briques et de pierres.

Le château Estrangin, dont le style, inspiré des demeures bourgeoises du nord de la France, tranche avec l’élégance et la sensualité chaleureuse du Château Pastré, est aujourd’hui occupé par un centre aéré de la Mairie du 4e secteur. Quant au Château Sanderval, plus austère, il est resté propriété privée.

Pendant un siècle, le domaine va connaître les fastes de la vie mondaine et culturelle.

Pastré devient un haut lieu de la vie culturelle et un refuge pour de nombreux artistes pendant la période de l’Occupation. Entre 1966 et 1987, la Ville achète la quasi totalité de la « Campagne Pastré », le château Sanderval, la bastide Clary, lim­itrophes du domaine, et la propriété Alvarez de Toledo, enclavée.

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Château Estrangin

À ceux qui savent observer et écouter les récits des pierres, les bastides racontent cent cinquante ans de l’histoire de Marseille, à travers l’évocation des cinq générations de la famille Pastré qui modelèrent le domaine.

La campagne Pastré est aujourd’hui devenue un immense parc public. Ce site est l’un des plus beaux fleurons du patrimoine municipal. Son allée centrale se déroule sur plus de 900 mètres. Deux petits lacs, un canal, une fontaine, des aires et terrains de jeux, un parc d’accrobranche, des sentiers de randonnées séduisent ses nombreux usagers.

La partie haute des lieux conserve son caractère sauvage et s’ouvre sur les collines de Marseilleveyre et la découverte des Calanques. Toute la zone boisée du parc fait partie du site classé des Calanques et en constitue une porte d’entrée pour les amateurs de randonnées.

fontaine-marc-dossett-de-la-campagne-pastre-montredon-marseille-2Dans la partie basse, un jardin d’eau a été réalisé. Cet aménagement a pour but d’offrir au public un jardin aquatique avec rappel de l’importance du Canal de Marseille créé il y a 100 ans et qui a permis d’irriguer toutes les grandes propriétés de la commune. Les aménagements se veulent sans volume apparent afin de dégager la vue sur la rade de Marseille. L’ensemble des bassins et canaux est alimenté par de l’eau recyclée.

On distingue ainsi 3 zones : les bassins et prairies, le mail provençal qui permet un cheminement à l’ombre et au calme, un amphithéâtre de plein air.

Pour compléter ce jardin, la Société des Eaux de Marseille a réalisé une fontaine monumentale symbolisant les Alpes où naissent les eaux de la Durance, véritable point de départ du circuit de l’eau, imaginée par l’architecte Marc Dossetti.


SOURCES musiques-regenerees.frMarseille.fr
PHOTOS Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com & Marseille.fr & Archives
VIDÉO brutou13540

Dominique
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