Arrondissement : 15ème

En 1896, les huileries Rocca, Tassy & de Roux et ses 1800 ouvriers se lancent dans la production de beurres végétaux à base de graisse de coco sous la célèbre marque Végétaline…une matière grasse de cuisson composée d’huile de coprah totalement hydrogénée. Ce principe permet d’élever la température de fusion de n’importe quelle huile et d’obtenir ainsi un produit plus dur à température ambiante…Comme le beurre, moins cher, Végétaline sera récompensée dans le monde entier, notamment par le Grand Prix de l’Exposition Universelle de Paris de 1900.

Les marges dégagées par Rocca, Tassy & de Roux sont attractives et l’entreprise est rapidement imitée par d’autres industriels : Magnan frères, les Établissements Verminck, Darier de Rouffio, les Établissements Roberty, la Société des produits alimentaires extraits de la noix de coco ou la société Coco Provence.

Les marques se multiplient : Cocose, Beurréose, Oréose, Beuriette, Coco fruitine, Coco Provence, Cocogène, Cocolina etc.

Limitée à 1 500 tonnes en 1900, la production des beurres végétaux dépasse les 50 000 tonnes en 1911, pour une valeur globale d’environ 50 millions de francs. Le marché national étant cependant encore trop étroit, les deux tiers de la production sont exportés vers l’Angleterre, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, l’Allemagne et le Danemark.

Le brevet du produit portant cette marque a été déposé le 9 mars 1901 par des inventeurs français. Le magazine « La Science et la Vie », dans son numéro 44 de mai 1919, fait état d’une « grande fabrique marseillaise » de Végétaline, et cite Marseille comme « le grand centre de production européen ».

Pour se rapprocher des marchés de l’Europe du Nord, principaux consommateurs de beurres végétaux, Rocca, Tassy & de Roux investit en 1902 dans la construction d’une usine de Végétaline à Hambourg ; c’est dans la même logique qu’elle fonde en 1908, à Genève, la Société des raffineries d’huiles et graisses végétales, en partenariat avec des industriels de Mannheim qui lui apportent la marque Palmine.

Rocca, Tassy & de Roux exploite trois usines à Marseille, une au quartier de la Capelette, une autre au boulevard National et un troisième établissement dans le quartier du Rouet.

Après avoir subi plusieurs incendies, Emilien Rocca et ses associés décident en 1903 de créer une nouvelle unité de production aux Aygalades, en arrière des ports, dans un espace encore faiblement urbanisé à proximité des sucres Saint-Louis.

Trois nouvelles usines sont alors construites, isolées les unes des autres par de larges voies pour faciliter la circulation et réduire les risques d’incendies.

Les différents établissements sont reliés à une chaufferie et à une centrale qui distribuent la vapeur et l’électricité dans tous les ateliers.

Le site dispose également d’ateliers de mécanique, de chaudronnerie, d’électricité, d’une tonnellerie mécanique réparant ou fabricant près de 50 000 fûts par an et d’un atelier d’emballages métalliques équipé de machines capables de former, accrocher et souder automatiquement jusqu’à 50 000 corps de boîte de Végétaline chacune en 8 heures.

Il est aussi doté d’un laboratoire d’analyse où des chimistes veillent à garantir aux consommateurs une qualité constante pour l’ensemble de la production. Dès 1913, ce nouvel ensemble usinier de Rocca, Tassy & de Roux est considéré comme un des plus importants de France dans la transformation des oléagineux.

Plusieurs brevets sont ensuite déposés en 1909-1910 pour améliorer les opérations de raffinage permettent aussi d’introduire l’huile d’arachide, jusque-là réservée à la fabrication du savon, sur la table des consommateurs.

Plus tard, la marque a été la propriété de la Grande Huilerie Bordelaise, qui possédait également la marque d’huile Huilor. Cette entreprise fut achetée en 1960 par Unipol (Union des Industries de Produits Oléagineux).

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Unipol céda en 1981 sa filiale agro-alimentaire, nommée Société Française Alimentaire et dont la marque Végétaline faisait partie, à Lesieur.

La marque fut par la suite la propriété de divers groupes agro-alimentaires, au gré des cessions du groupe Lesieur : par Saint-Louis en 1986, par Montedison en 1988.

La marque Végétaline quitte Lesieur en 1998, et passe entre les mains d’Astra Calvé, filiale d’Unilever.

En France, il arrive que cette marque de « Végétaline » soit employée de façon générique pour désigner les graisses végétales pour friture commercialisées par l’industrie agro-alimentaire.


Dominique Milherou
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