Arrondissement : 2ème

le-grand-vide-marseilleComment Marseille a perdu sa Vieille-Ville ? L’association Les Labourdettes nous propose durant les « Dimanches de La Canebière 2017″, de poursuivre leur feuilleton historique inédit en 10 épisodes, une balade en photographie sur 110 ans d’Histoire méconnue du centre-ville de Marseille, un mystère urbain qui méritait un décryptage par l’image les mots…et la marche !

Créée en 2002 la très active Association des résidents du Square Belsunce « Les Labourdette » a pour objet la valorisation des immeubles dits  » Les Labourdettes « mais aussi la défense du patrimoine architectural, individuel et collectif dans le cadre de la Z.A.C de la Bourse et la recherche d’une meilleure qualité de vie au sein de cette zone avec l’organisation notamment de rendez-vous culturels, de rencontres et d’actions et projets citoyens.


LE GRAND VIDE | ÉPISODE 6 | COMMENT MARSEILLE A DÉMOLI SA VIEILLE-VILLE ?
LA PIERRE ET L’OUVRIER


Ce gros plan extrait d’une photographie de Adolphe Terris suspend le geste traditionnel du carrier. Le temps artisanal est remplacé par celui de l’ouvrier dans le fatras sonore du chantier industrialisé. Nous sommes sur le chantier de démolition de la Vieille-Ville…



Le chantier de démolition de la Vieille-Ville a changé d’échelle, 10 ans après le geste symbolique de 1852 qui avait détruit une maison de la Canebière pour construire la tente et la pose de la première pierre du Palais de la Bourse (voir épisode 5)…

Ici, en 1862, nous sommes au cœur de la révolution économique menée en France par Napoléon III à grandes enjambées politiques. L’industrialisation de la démolition avec ses grues, ses 2 lignes de chemin de fer, ses 4 locomotives et leurs wagonnets, son ingénieur et employés du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée), transforme le rythme et les gestes du chantier.

En deux ans les machines ont démoli maisons et collines, ont classé le matériel réutilisable, ont déblayé ici pour remblayer l’anse d’Arenc, la digue et les môles du port.

Le 15 aout 1864 est inaugurée une rue de 1,2 kilomètre de long, de 105 000 mètres carré, 935 maisons démolies, 38 rues disparues et 16 000 personnes relogées. Ce chantier est le tracé de la rue impériale qui joint le Palais de la Bourse au bassin du port nord. Cette rue n’est pas qu’un vide de ville car dans le même mouvement se construisent les îles des immeubles, comme les bassins du port :

« ce que le Gouvernement a prescrit en 1855, c’est que tout, à Marseille, doit être projeté sur la plus large échelle ; c’est que les travaux de son port doivent être disposés de telle façon qu’un ouvrage quelconque terminé, puisse permettre l’exécution immédiate d’un ouvrage analogue, s’harmonisant avec tous les ouvrages antérieurs et avec lesquels il paraisse être d’un seul et même jet. Ce programme, nettement posé en 1855, est aujourd’hui en pleine voie de réalisation. » Pascal, Discours de réception prononcé à l’Académie de Marseille, 21 mai 1865, Marseille, 1865, p. 11-18.

Un homme avait proposé une autre solution : un tunnel liant les ports et le palais de la bourse. Il le réalisera à Genève, cet homme est J.M.S. Vaucher. Il est suisse, né à Lausanne et architecte. En 1852 il est recruté à la Maison de l’Empereur.

Il vient à Marseille pour les palais du Pharo et de la Bourse.


La percée de la rue impériale est aussi l’invention du nord car au bout de son axe, les bassins du port et la digue du large retournent la ville du vieux port centralisé par Louis XIV au port moderne en cours de construction sur le modèle anglais. Le modèle de la digue, lui, vient d’ Alger. L’ingénieur est roi dans l’invention machinée, dans l’image pour le dire et dans la transformation de la terre – grand opéra hydraulique. Des ouvriers, nous ne connaissons pas les noms.

Dans le fond droit de la photographie d’A.Terris nous prenons la mesure de la masse de la colline des Carmes à travers laquelle passe la rue impériale. Au premier plan, sur la droite et la gauche de la rue, en prévision de la construction des immeubles, se voient les stocks de pierre taillées, anciennes réutilisées ou nouvellement livrées : passé et futur se mélangent.

« Angoisse de l’ingénieur  » dans ce texte écrit en 1928, immédiatement après son séjour à Marseille du 8 septembre 1926, Ernst Bloch analyse l’angoisse d’un ingénieur du froid face à son invention et sa machine. Il transcrit dans ce texte court son expérience partagée avec Walter Benjamin et Siegfried Kracauer, leur peur face aux démolitions de la Vielle-Ville.

Leur angoisse commune face à l’espace urbain néantisé. Il nomme « le néant derrière la mécanique ou le monde qu’aucune médiation ne relie plus à l’humain ». Il a, là, l’intuition d’un « espace en creux sans effroi, à savoir plein d’une bénéfique fermentation, un espace en creux avec étincelles« . L’angoisse de l’ingénieur, Allia, 2015, traduction de P. Ivernel.


Mais d’où viennent ces pierres ?

Iles du Frioul, Fort Ratonneau et la carrière

Comme pour la digue du large et les bassins du port en construction les pierres venaient de nouvelles carrières ouvertes sur l’île du Frioul.




Album de photographies d’Adolphe Terris, Ouverture, mise en viabilité et construction de la rue impériale, 1866, photo du 10 août 1865. Archives départementales et BMVR. Album de gravures, travaux du port de Marseille, 1875-1878. BMVR, MHM et AD.

Découvrez tous les épisodes du feuilleton ici, et d’autres contenus sur dans un webdocumentaire, Habiter Entre, produit par Les Labourdettes et le collectif RIMEs
Dominique
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