Arrondissement : 8ème

Elle donnera à Marseille son futur Parc Chanot…L’Exposition Coloniale de 1906 est la troisième exposition coloniale organisée en France, après celle de Rouen en 1896 et celle de Rochefort-sur-Mer en 1898. Marseille fait partie en effet des grandes villes françaises qui bénéficient de l’expansion de l’Empire français à partir de la fin du XIXème siècle avec des échanges qui croissent considérablement. 1 800 000 visiteurs viendront ainsi fouler les 30 hectares de l’immense site d’avril à novembre 1906.

Dans le cadre de l’Exposition universelle de 1900 tenue à Paris, une section des colonies et des pays sous protectorat avait été organisée par Jules Charles-Roux et s’était tenue sur un espace relativement réduit d’une dizaine d’hectares situé entre le Trocadéro et la Seine.

Malgré le succès de cette partie de l’exposition, les résultats ne furent pas à la hauteur des espérances de l’organisateur qui regrettait un terrain trop en pente, des délais trop courts, des crédits insuffisants, etc.

L’idée d’une première exposition française exclusivement consacrée aux colonies mais à tenir à Marseille se fait jour dans les milieux coloniaux et en revient en premier au docteur Édouard Marie Heckel qui a été le fondateur de l’école de médecine du Pharo spécialisée dans l’épidémiologie et la pathologie tropicales.

Le 23 septembre 1902, il présente un projet qui décide le conseil municipal de Marseille d’adopter le principe d’une exposition coloniale à Marseille.

La municipalité vote un crédit d’un million de francs, le Conseil général et la Chambre de commerce apportent chacun 250 000 francs, l’État se montrant moins généreux en n’apportant que 150 000 francs.

Enfin, après tractations, un décret présidentiel du 1er mars 1904 reprend les propositions du maire Jean-Baptiste-Amable Chanot et nomme Jules Charles-Roux commissaire général et le docteur Heckel commissaire général adjoint.

Un peu plus tard un comité supérieur de l’exposition composé de diverses personnalités est mis en place. Le choix du terrain se porte sur le champ de manœuvre du Rouet de 24 ha situé entre le boulevard Rabatau, le rond-point du Prado et le boulevard Michelet.

Maison des Notables Anamites

En contrepartie l’autorité militaire recevra un terrain un peu plus éloigné. À cette surface s’ajouteront une douzaine d’hectares prélevés sur un terrain appartenant à la compagnie du P.L.M. Enfin M. Richard abandonnera gratuitement pour une durée de deux ans un terrain de deux hectares situé en bordure du boulevard Michelet.

En définitive un terrain plat d’une quarantaine d’hectares, soit quatre fois plus qu’au Trocadéro, sera mis à la disposition des organisateurs ; ce sera le futur parc Chanot.

Avant même d’entamer les travaux, on procède dès le 20 décembre 1904 à l’aménagement du parc avec plantations d’arbres d’une hauteur du tronc de 3,5 m car le terrain est nu, ensuite pose de canalisations d’eau pour l’alimentation des cascades, bassins et fontaines et enfin amenée de l’électricité et du gaz.

Palais de l’Indo-Chine

Le plan général de l’exposition est dressé par l’architecte en chef de la ville. Une cinquantaine de palais ou pavillons s’élèveront de part et d’autre d’une grande allée centrale bordée d’arbres partant du rond-point du Prado.

Une grande serre aux dimensions imposantes, 40 m de long et 10 m de large, est construite près de l’entrée principale et abrite des plantes exotiques à but décoratif (orchidées, palmiers : cycas, pandanus, dracaena, etc.) ou à objectifs économiques (caféiers, cacaoyers, plantes à caoutchouc etc.).

Peu à peu, divers pavillons se construisent les uns après les autres ; mais il s’agit d’une cité de rêve placée sous le signe de l’éphémère car les bâtiments sont prévus pour être détruits à la fin de l’exposition d’où l’emploi de matériau léger à base d’éléments métalliques, démontables et récupérables.

Pavillon Amer Picon en écorces d’oranges

Au centre du parc, à l’extrémité de l’allée centrale se trouve le grand palais où sont présentées les diverses activités de la métropole et surtout de Marseille ; huilerie et savonnerie, tannerie, ameublement, raffinage du soufre et du sucre, usine à plomb, chantier naval, etc.

Quelques maisons marseillaises ont fait un effort particulier en réalisant un stand individuel : Rivoire et Carret (pâtes alimentaires), Noilly Prat (vermouth) et Amer Picon qui a réalisé un pavillon de style oriental car son apéritif, rendu célèbre par Pagnol avec le fameux problème des tiers, est fabriqué à partir d’écorces d’oranges.

L’inauguration officielle a lieu le samedi 14 avril 1906, la veille de Pâques, par Chanot, maire de Marseille, et Jules Charles-Roux commissaire général de l’exposition, mais sans représentation de l’État.

À cette occasion, l’escadre de la Méditerranée, placée sous le commandement de l’amiral Touchard, avec les contre-torpilleurs Suffren, Saint-Louis, Kléber et du Cheylard, vient mouiller en rade de Marseille.

La vedette amirale accoste dans l’anse du prophète où le maire Chanot accueille l’amiral. L’inauguration a lieu à quinze heures dans la salle des fêtes du grand palais. Le public n’est admis que le lendemain dimanche 15 avril 1906 ; grâce au renforcement de la cadence de desserte de l’exposition par les tramways, il y eut au cours de cette première journée 14 872 entrées payantes.

Il faudra attendre le samedi 15 septembre 1906 pour que le président de la République Armand Fallières, accompagné de plusieurs ministres, rende enfin visite à l’exposition. Le lendemain, le dimanche 16 septembre 1906 le président de la République posera la première pierre du canal de Marseille au Rhône dit canal du Rove.

Durant cette exposition coloniale, plusieurs congrès se sont déroulés dans la salle des fêtes du grand palais : congrès du bâtiment, congrès de la meunerie, congrès des sociétés savantes de Provence placé sous la présidence d’honneur de Frédéric Mistral, congrès des explorateurs polaires sous la présidence du docteur Jean-Baptiste Charcot, etc…

Cette exposition coloniale qui s’est tenue du 15 avril au 18 novembre 1906 sur le champ de manœuvre du rond-point du Prado, aujourd’hui Parc Chanot fut un très grand succès. Elle a marqué avec éclat l’alliance entre la ville de Marseille et l’expansion territoriale de la France d’outre-mer.

L’exposition fermera ses portes le dimanche 18 novembre 1906 ; cette journée de clôture, marquée par la présence du Ministre des colonies, est achevée par un cortège à la fois provençal et asiatique où la Tarasque voisine avec le Dragon oriental, et où les gardians de Camargue et les farandoleurs d’Arles étaient escortés par un défilé annamite.

Porte de l’Annam, Cours des Eléphants

Les visiteurs qui furent plus de 1 800 000 sont venus surtout de Marseille mais également d’autres villes y compris étrangères car une grande publicité avait été faite.

Des visiteurs de marque ont également été reçus : le roi du Cambodge, le roi du Djolof, Behanzin l’ex-roi du Dahomey se rendant en Algérie où il décédera peu après, un maharadja ainsi que diverses personnalités militaires ou artistiques et littéraires : Lyautey, Galliéni, Mistral, Félix Ziem, et Auguste Rodin.

La Société coloniale des artistes français, qui rivalise avec la Société des peintres orientalistes français et qui assume plus clairement son adhésion à l’idéologie coloniale française, prend l’ascendant sur cette dernière lors de cette exposition.

À la suite de cette exposition coloniale, deux autres suivront comme celle de Marseille en 1922 et de Paris en 1931.


SOURCES Wikipédia
PHOTOS Archives

Dominique
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