Arrondissement : 8ème

Après le succès de l’exposition coloniale de 1906 qui s’était déroulée du 17 avril 1906 au 18 novembre 1906, Jules Charles-Roux, ancien commissaire de cette exposition, et Adrien Artaud, président de la chambre de commerce, parviennent à faire admettre par les pouvoirs publics le principe d’une nouvelle exposition coloniale. Par délibérations du 6 mai 1913 et du 19 septembre 1913, le conseil municipal de Marseille décide de choisir l’ancien terrain militaire du Prado, actuel Parc Chanot. Elle sera finalement inaugurée 9 ans plus tard après les terribles années de combats de la première guerre mondiale. Elle attirera 3 millions de visiteurs sur une surface de 35 hectares.

Palais de l’Afrique Occidentale Française

Issues des expositions universelles et de leurs sections exotiques, les expositions coloniales apparaissent en France à la toute fin du 19eme siècle. Deuxième puissance coloniale du monde après l’Angleterre, la France est alors présente sur cinq continents, de l’Océanie aux Antilles, en passant par l’Asie et l’Afrique.

Elle règne ainsi sur un empire de 11 millions de kms et de 50 millions d’âmes (hors métropole) à qui elle ambitionne d’apporter son sens du progrès et de la civilisation en échange de leurs richesses propres. Avec ses colonies, la France ne fait pas que s’enrichir ; elle retrouve le prestige perdu face à la Prusse en 1870.

Encore faut-il que son peuple en ait conscience. Là se situe le principe pédagogique des expositions coloniales : flatter, instruire et, aussi, recruter. Des villes comme Lyon (1894) et Rouen (1896) prennent le relais de Paris. Mais Marseille, que sa situation géographique devrait pourtant privilégier, tarde (pour des raisons diverses) à faire entendre sa voix.

Palais de l’Indochine

Deux hommes, vers 1902-1903, vont alors prendre les devants : Jules Charles-Roux (1841-1918) et Edouard Heckel (1843-1916). Le premier est président de la Société de Géographie ; le second est directeur de l’Institut de Médecine Tropicale.

Par leur pugnacité, ils vont faire avaliser par la municipalité et quelques institutions locales le projet d’une exposition coloniale pour un budget global d’un million de francs.

La somme peut paraître importante mais, insistent-ils avec raison, les retombées économiques seront bien supérieures. A partir de 1905, une fièvre bâtisseuse s’empare de la ville.

Le vaste terrain militaire du rond-point du Prado va ainsi devenir l’emplacement principal pour des centaines de pavillons (financés par les exposants) qui ne survivront pas à l’évènement. Une place sera, bien sûr, faite à l’industrie et aux arts locaux.

Fontaine Monumentale

Programmée initialement en 1916, la seconde exposition coloniale de Marseille va finalement être organisée en 1922, toujours au même endroit, entre avril et novembre. En effet les travaux à peine commencés s’arrêtent suite au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Le parc ainsi que le grand palais et le palais des machines qui avaient été conservés depuis la précédente exposition de 1906, sont utilisés pour le cantonnement des troupes de passage, notamment celles en provenance des colonies

La paix revenue, le projet est repris avec la nomination par décret du 15 avril 1919 d’Adrien Artaud comme commissaire général de l’exposition en remplacement et suite au décès de Jules Charles-Roux.

Un autre décret du 15 avril 1919 nomme Xavier Loisy, ancien inspecteur des colonies, commissaire général adjoint et Louis Bonnaud, directeur.

Promenade en Pousse Pousse

Elle va bénéficier d’une superficie plus étendue (35 hectares au lieu de 20) et d’un budget nettement augmenté (6 millions de francs). Bien plus que la première, elle va attirer les hommes politiques français et étrangers, à commencer par le président Alexandre Millerand.

Pour donner tout son éclat au lancement de cette exposition, la ville de Marseille saisit l’occasion du retour d’Espagne du président de la République Raymond Poincaré pour lui faire poser la première pierre des futures constructions.

Arrivé à bord du cuirassé Carthagène, Raymond Poincaré débarque au Vieux-Port le 12 octobre 1913 au matin et pose la première pierre dans l’après-midi. Le lendemain il visitera les travaux du tunnel du Rove avant de regagner Paris. L’inauguration officielle aura lieu le dimanche 16 avril 1922, jour de Pâques.

On y retrouve à peu près les mêmes pavillons asiatiques, Arabes et Africains, la même part accordée aux productions locales – dont l’aéronautique naissante, mais aussi des animations festives et des congrès scientifiques en hausse (70 pour cette seule année).

Palais de Madagascar

Néanmoins, la Grande Guerre puis les premiers mouvements de décolonisation ont changé les données. Les mentalités vis-à-vis de nos colonies ont évolué.

L’indigène est, à présent, regardé davantage comme un partenaire que comme un serviteur ; on s’intéresse à sa culture pour elle-même et on souhaite la préserver.

A l’exception de l’Humanité, critique vis-à-vis de l’esprit colonialiste français, la presse couvrira avec enthousiasme toutes les étapes de cette manifestation qui enregistrera plus de 3 millions d’entrées.

Isabelle Richefort conclut ainsi son livre Désirs d’ailleurs : « Si les critiques portèrent sur la mise en scène convenue et stéréotypée de l’indigène ainsi que sur la volonté des organisateurs de démontrer la légitimité de la colonisation, l’exposition a témoigné d’une réelle reconnaissance d’autres cultures et d’autres modes de vie ».

Après elle, deux autres expositions coloniales seront encore montées à Strasbourg (1924) et à Paris (1931). Seuls vestiges restant de cette époque, la Grille monumentale et le Palais des Arts.


SOURCES Wikipédia & ToutMa Jacques Lucchesi
PHOTOS Archives

Dominique
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