Arrondissement : 7ème

Sur les hauteurs du Roucas Blanc, au n°8 de la rue Protis se trouve un étrange Château et ses quatre tourelles, entourées de murs à créneaux en pierre. L’intérieur de l’immense propriété révèle des bâtiments qui semblent être du 19ème siècle, une petite tour semble d’ailleurs de style « rocailleur » très en vogue à cette époque…selon un commentaire donné sur le blog, le château aurait pu bel et bien appartenir à un rocailleur nommé Gagliardo dont une rue mitoyenne porte le nom. Dans tous les cas le Château de Protis nous donne l’occasion de revenir sur le mythe de la fondation de Marseille et que le père de Gyptis aurait donné à Protis ce pan de colline, proche d’une source d’eau et dominant la mer.

Tour en rocaille de ciment, style apparu après 1850

La légende de Gyptis et Protis est le mythe fondateur qui raconte la fondation légendaire de Marseille vers 600 av. J.-C. par des colons grecs venus de la cité de Phocée en Ionie.

Le mythe existe au moins dès le ve siècle av. J.-C. puisqu’Antiochos de Syracuse le mentionne. Mais nous ne disposons désormais que de deux sources principales : l’histoire décrite par Aristote dans « La Constitution des Massaliotes », la plus ancienne, et celle de Trogue Pompée dans son Histoires philippiques, aujourd’hui perdue mais résumée par le romain Justin.

Si les deux versions présentent quelques différences, elles racontent toutes deux le mariage de Gyptis (ou Petta), fille du chef des autochtones, avec Protis (ou Euxène), un marin originaire de Phocée. Lors de ses noces, la princesse choisit alors d’épouser l’étranger en lui présentant une coupe emplie d’eau au cours d’un repas.

Plusieurs hypothèses s’affrontent pour expliquer l’origine du mythe, qui possède des éléments similaires à d’autres récits légendaires de l’Antiquité. Mais l’histoire vient aussi appuyer une partie de la légende puisque des fouilles attestent de la présence de colons grecs au début du vie siècle av. J.-C. autour du quartier du Panier.

Gyptis et Protis (1874) par Joanny Rave

Le mariage du chef des colons avec la fille du souverain local reflète les rapports pacifiques qu’ont voulu entretenir les Phocéens avec les autochtones, contrairement à d’autres colonies où ils s’emparent du territoire par la force ou la ruse. Les marins cherchent à commercer avec eux et s’installer durablement et pacifiquement sur leur territoire. Grâce à la force créatrice du mythe, descendants de colons et d’indigènes se dessinent une origine commune dans leur mémoire collective.

D’ailleurs, quand Euxénos prend Petta pour femme, Aristote en parle en utilisant le verbe συνοικείν (« cohabiter »), qui peut servir à désigner la cohabitation de deux personnes, mais aussi de deux groupes. Et lorsque celle-ci épouse Eúxenos (Εὔξενος, « le bon hôte »), il fait changer son nom en Aristoxénè (Αριστοξενη, « la meilleure des hôtesses »).

Le mariage de Protis et de la fille du roi symboliserait donc l’alliance des deux peuples, où l’étranger se fond parmi les indigènes. Prôtis « d’hôte devient gendre » nous dit d’ailleurs Trogue Pompée. On pourrait aussi y voir la volonté des Phocéens de s’approprier l’identité des autochtones dès le début, ou bien au contraire de conduire à leur hellénisation. Le recours aux mariages mixtes est en outre nécessaire et courant dans les premiers temps de la colonisation.


SOURCES Wikipédia & Augusto Claude
PHOTOS Google Street View & Gyptis et Protis (1874) par Joanny Rave


Dominique
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