Arrondissement : 11ème

Jean-Baptiste de Montgrand, marquis et maire de Marseille de 1813 à 1830 était propriétaire d’immenses terres dont le démembrement à donné naissance au quartier Saint Menet qui compte alors de nombreux châteaux…la Buzine, la Reynarde, Régis et Saint Antoine…Montgrand est le cinquième du village et le seul qui aura disparu. La bastide dont je n’ai pas retrouvé de photos extérieures se trouvait à l’emplacement de l’usine de la Chocolaterie de Provence signée par l’architecte Fernand Pouillon en 1952. La bastide permis en 1940 d’abriter 400 femmes et enfants avant de servir pour l’internement des étrangers jugés « indésirables » jusqu’en 1942…mais remontons d’abord aux origines de la famille Montgrand.

Jean-Baptiste de Montgrand, seigneur de Mazade and la Napoule, 1760 par Philippe-Henri Coclers

Issu d’une grande famille venant du Vivarais à la fin du xviie siècle, Jean-Baptiste Jacques Guy Thérèse est le fils unique de Joseph Jean-Baptiste, marquis de Montgrand, brigadiers des dragons du roi et de Marie Philippine Le Coigneux de Bélabre.

Il naquit le 9 septembre 1776 à Marseille. En 1789, son père étant décédé le 15 janvier de cette même année, il émigre en Italie, à Vérone où il épouse le 31 juillet 1796 Marie-Thérèse Dominique Mosconi de’ Fugaroli fille du comte Jacques Mosconi de’ Fugaroli et d’Elisabeth Contarini. Il rentre en France en 1800 pour vivre retiré dans sa propriété de Saint-Menet.

Le préfet A.C. Thibaudeau ayant remarqué ce jeune homme essayant de rassembler les débris de sa fortune et bien qu’il l’ait trouvé guindé, sauvage et timide mais d’une grande probité et de bon jugement, le fit nommer conseiller municipal. Jean-Baptiste de Montgrand fut élu maire le 27 avril 1813. Dans ses mémoires le préfet Thibaudeau estime que ce nouveau maire remplit ses fonctions avec zèle et dévouement.

Son séjour en Italie lui ayant permis de maîtriser parfaitement la langue, il entreprit la traduction de plusieurs ouvrages : Inne Sacri et Promessi Sposi de Manzoni. Lors de sa réception à l’Académie de Marseille le 5 mars 1818, il présenta la traduction d’un poème italien « les quatre parties du jour » de Pindemonte.

Fête enfantine au château Montgrand vers 1940 © Collection famille Bosques Droits réservés

Montgrand qui avait servi fidèlement le gouvernement impérial, s’estima délié de son serment dès l’abdication de Napoléon à Fontainebleau et fut confirmé dans ses fonctions de maire par Louis XVIII. Le 15 avril 1814, sur l’invitation du maire, deux frégates britanniques approchaient du château d’If et recevaient une délégation municipale puis, le soir, accostaient dans le vieux port. Le maire reçut ensuite chaleureusement les officiers britanniques.

Montgrand démissionna de ses fonctions de maire dès le retour de Napoléon de l’île d’Elbe. Son premier adjoint Raymond aîné fut nommé maire par intérim à compter du 13 avril 1815. Ce fut donc sous le mandat de ce dernier qu’eut lieu après la défaite de Waterloo, le « massacre des mameluks », orientaux d’origines diverses immigrés à Marseille après la campagne d’Égypte.

C’est également du temps de son remplacement qu’eut lieu le débarquement à Marseille des troupes britanniques sous le commandement de lord Exmounth et de sir Hudson Lowe, futur geôlier de Napoléon à Sainte-Hélène.

Le duc d’Angoulême nomma Montgrand préfet provisoire, poste qui fut ensuite attribué au comte de Vaublanc. Montgrand retrouva ses fonctions de maire qu’il conserva jusqu’au 4 août 1830.

Un cours en plein air au château Montgrand vers 1940, © Collection famille Bosques Droits réservés

Au début de son deuxième mandat Montgrand soumet certains de ses collaborateurs à une enquête sur leur comportement passé ; il évite cependant les sanctions inutiles. Il redresse les finances locales et équilibre un budget aux ressources limitées du fait du marasme économique de la ville de Marseille.

Si on peut lui reprocher d’avoir accordé une attention insuffisante à l’éducation notamment dans pour l’instruction primaire, quelques travaux significatifs furent réalisés durant son mandat. On lui doit la réalisation de l’arc de triomphe de la porte d’Aix.

Le 17 octobre 1823 il invite le conseil municipal à délibérer sur la proposition de construire en hommage au duc d’Angoulême qui avait remporté de brillants succès en Espagne, un arc de triomphe en détruisant les vielles arches de l’aqueduc et de les remplacer par un siphon. Une partie des arches de l’aqueduc est encore visible à l’emplacement où a été construit le Conseil Régional Provence Alpes Cote d’Azur.

Le 6 novembre 1825 Montgrand pose la première pierre. Les sculptures furent confiées à Pierre-Jean David d’Angers et à Étienne Ramet. Les retards dans la réalisation des travaux qui ne furent achevés qu’en 1833 entraîna un changement dans la représentation des faits d’armes : on préféra sous la monarchie de Juillet glorifier ceux de la République, du Consulat et de l’Empire jusqu’à Austerlitz.

Ecole au château Montgrand, vers 1940, © Collection famille Bosques Droits réservés

Montgrand fut d’autre part très favorable à l’enseignement artistique et scientifique. Il fit créer le 1er juin 1819 le musée d’histoire naturelle dont le premier directeur fut Polydore Roux et qui fut installé ultérieurement dans une partie du palais Longchamp. Il créa également une école de musique.

À la fin de son mandat, à partir de 1827, il s’inquiète des progrès de l’opposition et de la montée du libéralisme. Il attribue cette évolution en grande partie à la licence de la presse. Dans un rapport du 16 mars 1827 au préfet de Villeneuve-Bargemon, il qualifie certains journaux de « venins quotidiens qui en altérant toutes les idées, en confondant tous les principes, finissent par pervertir les cœurs ». Il réclame ainsi une loi sur la presse afin d’arrêter efficacement la propagation de l’impiété et de la révolution.

Moins connu que son contemporain le préfet Villeneuve-Bargemon, le marquis de Montgrand a largement contribué au redressement de la ville de Marseille. Homme cultivé ; il fut admis à l’Académie de Marseille le 5 mars 1818 et en assura cinq fois la présidence en 1820, 1827, 1833, 1837 et 1842.

Après sa démission il se retira dans sa propriété de Saint-Menet où, très apprécié de son entourage, il s’éteignit à 71 ans le 19 août 1847. La ville lui fit des obsèques officielles et son oraison funèbre fut prononcée par deux de ses collègues de l’académie de Marseille : le président du tribunal Réguis et le naturaliste Barthélemy Lapommeraye.

Il fut enterré au cimetière de Saint-Menet à Marseille où se trouvait sa propriété familiale qui a donné son nom à ce quartier. À son emplacement se trouve une usine de café soluble et de chocolat qui avait été construite par l’architecte Fernand Pouillon. Il était officier de la légion d’honneur et chevalier de l’ordre royal Constantinien des Deux-Siciles.

En son hommage la ville a donné son nom à une rue de Marseille et à un lycée.


Consul mexicain à Marseille pendant la Seconde Guerre mondiale sous l’occupation, Bosques a pris l’initiative de sauver des dizaines de milliers de Juifs et d’exilés républicains espagnols en empêchant leur déportation. L’héroïsme de ce « Schindler mexicain » est resté méconnu une soixantaine d’années, et ce n’est que de manière posthume que ces faits lui ont donné une reconnaissance internationale.

Le consul Gilberto Bosques

Avant la destruction du château de Montgrand, Gilberto Bosques obtient, après le château de la Reynarde, de pouvoir louer la propriété pour l’hébergement des femmes et des enfants. Situé à quelques centaines de mètres de la Reynarde, il ouvre ses portes quelques jours après celui-ci, le 2 décembre 1940 pour accueillir plus de 400 femmes et enfants. Julia Álvarez dirige cette résidence aux côtés de José Sábat Muntané car la structure de direction est commune aux deux résidences.

Deux secteurs sont spécifiques à Montgrand : le secteur sanitaire, pour lequel interviennent des médecins  et pédiatres, et le secteur pédagogie qui organise deux classes pour les enfants hébergés à Montgrand.

Les femmes qui y sont hébergées peuvent rendre visite aux hommes vivant à la Reynarde à des heures déterminées. De plus, des équipes féminines viennent travailler à la Reynarde, pour les secteurs de la cuisine, de la laverie et pour participer aux travaux agricoles – récolte des légumes et transformation de certains d’entre eux.

Les deux châteaux (la Reynarde et Montgrand) deviennent également des lieux de vie, avec écoles et infirmeries. Des fêtes enfantines, des concerts, des matchs de football y sont organisés.

En novembre 1941, la préfecture de Marseille avertit le consulat qu’à compter du 1er décembre il ne pourra plus disposer du château de La Reynarde et qu’il doit le vider de ses occupants sans tarder. Le motif invoqué est le rachat de la propriété par la Compagnie d’électricité de Marseille.

Cette opération présente l’avantage de supprimer un refuge pour « indésirables » de plus en plus mal supporté par le régime pétainiste comme par les autorités allemandes. Pendant quelques jours, la plus grande partie des hommes peuvent trouver refuge dans des baraques du château de Montgrand, mais, le 11 décembre 1941, les gendarmes et gardes mobiles investissent aussi cette résidence et emmènent  300 hommes pour les incorporer à des groupes de travailleurs.

Le sursis dont bénéficie le château de Montgrand n’excède pas quelques mois : en mai 1942, Gilberto Bosques est prévenu que la location devant s’achever le 30 juin ne sera pas renouvelée. Montgrand ferme à son tour et n’est plus sous la responsabilité du Mexique. Le Secours national autorise quelques réfugiés à y demeurer durant l’automne 1942.


SOURCES Wikipédia & museedelaresistanceenligne.org
PHOTOS © Collection famille Bosques Droits réservés & UNAM


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Dominique
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