Arrondissement : 7ème

C’est le 24 octobre 2016 que commencèrent à l’angle de la rue d’Endoume et du boulevard de la Corderie les travaux pour la construction de 109 logements, 8 étages, sur une parcelle d’environ 6 000 m²…mais deux jours plus tard, les promoteurs ont la surprise de découvrir les vestiges d’une ancienne carrière grecque du 5ème siècle avant JC avec la présence de céramiques mais peu de mobiliers archéologiques…une trouvaille majeure entraînant l’interruption des travaux par la D.R.A.C et des fouilles archéologiques jusqu’à la mi juin 2017. Après une très importante mobilisation citoyenne pour la préservation des lieux, fin juillet 2017 la ministre de la culture, Françoise Nyssen a promis que 650 m² seront classés au titre des Monuments historiques…soit au final une petite surface alors que beaucoup espéraient l’annulation de la construction et un grand site préservé…nouveau rebondissement fin septembre 2017, Vinci annonce la suspension des travaux jusqu’à nouvel ordre peut-être influencé par une décision présidentielle ! Au final, déception des défenseurs du site, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a décidé de ne protéger que 635 m² et de les classer monument historique. Un accès restreint au site a été prévu, neuf jours par an, à partir d’une étroite bande d’accès.

Ce lieu était destiné à l’extraction de calcaire…la pierre à chaux par excellence qui aurait pu servir à construire des bâtiments de la cité phocéenne fondée à l’origine 600 ans plus tôt. Dès l’Antiquité, le calcaire coquillier, constituée de restes d’organismes, servit à la construction de monuments, jusqu’aux plus prestigieux, comme le gigantesque temple de Zeus à Olympie érigé entre 470 et 456 av. J.-C.

Le « C.I.Q Saint Victor – Corderie – Tellène et rues adjacentes » avait lancé une pétition en 2017 auprès de la mairie afin de préserver l’intégralité ou au moins une partie du site et créer un jardin des vestiges, une sorte de coulée verte (imaginée un temps par Patrick Menucci dans son programme municipal de 2014). Ce parcours aurait pu être une « liaison cohérente, historique et touristique » entre l’abbaye Saint-Victor eNotre-Dame-de la Garde.

Un cheminement imaginé passant aussi par la maison de Paul Valery, le square Berthie Albrecht, le Four des navettes, les Santons Carbonel, la place Joseph-Etienne, le Jardin Puget et le char Jeanne d’Arc. La pétition a rapidement dépassé le millier de signatures.

Rempart côté rue des Lices

L’académicien et historien Jean-Noël Bévérini réuni le 30 mai 2017 avec les CIQ du 7e arrondissement, des représentants associatifs et des riverains a déclaré dans les colonnes de la Provence : « Trois possibilités existent : construire dessus et raser, enfouir ces vestiges ou sinon les préserver et les valoriser. Et c’est précisément ce que nous demandons. » Et d’ajouter : « Si Marseille ne conserve pas ce site, Marseille va faire rire l’ensemble du monde attaché à son patrimoine ».

Le site archéologique jouxte le rempart Louis XIV sur toute sa longueur. Ce mur fut construit en 1666 sur ordre d’un décret royal promulgué pour statuer sur le développement d’une « ville nouvelle » et élargie. Il s’agit à l’époque de la plus importante opération d’urbanisme de Provence. La superficie de la ville passera alors de 65 hectares à 195, évitant la surpopulation de la ville intramuros.

Plaque sur le Rempart

Une autre pétition lancée par Jean-Noël Beverini demande sa restauration complète, comme ce fut le cas pour son autre versant rue des Lices.

C’est au pied même de ce rempart, côté Corderie que s’installent les cordiers, chassé du Vieux-Port et du Plan Fourmiguier…en effet le roi Louis XIV ordonne au XVIIème siècle l’extension de la ville, ainsi que l’installation de l’Arsenal des galères sur cet emplacement…les constructeurs déménagent alors sur la rive sud-est du port et les cordiers s’installent sur la rue appelée du fait « Corderie« .

C’est là qu’il poursuivront de confectionner les cordages indispensables au gréement des navires, et ce tout le long du nouveau rempart. Ils y conforteront leurs maisons sur son flanc et y fileront leur célèbre chanvre, canebe en provençal…de là vient le nom de Canebière, la zone de leur ancien lieu de travail.

En 1706 est créée la première école délivrant à Marseille un enseignement totalement gratuit aux enfants des familles défavorisées. Elle est l’œuvre de Jean-Baptiste de La Salle, fondateur de l’Institution des Frères des Écoles chrétiennes.

Les cours ne sont plus délivrés « en individuel » mais « par classe » et non plus en latin mais en français. Et où l’école s’installe t-elle ? Au pied du rempart de la Corderie qui forme un côté de l’enclos de leur collège.

Alain Nicolas, docteur en archéologie, conservateur en chef des musées de France et fondateur du Musée d’Histoire de Marseille a souligné l’importance scientifique de ce site qui s’étend sur 4000 mètres carrés :

« cette carrière est une découverte extrêmement importante pour l’histoire de Marseille et de ses habitants, car on n’en connait nulle autre pour cette époque ».

Fin juillet 2017 la ministre de la culture Françoise Nyssen a promis que 600 m² devraient être classés au titre des Monuments historiques. Une servitude devrait permettre au public d’accéder au site.

Nouveau rebondissement fin septembre 2017, Vinci annonce la suspension des travaux jusqu’à nouvel ordre et ce peut-être sous l’action d’Emmanuel Macron qui avait été sensibilisé au sujet lors de son passage à Marseille le 21 septembre.

Au final, après des mois de rebondissements, de manifestations citoyennes et d’un suivi très large de la presse c’est la déception des défenseurs du site, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a décidé de ne protéger que 635 m² et de les classer monument historique. Un engagement validé et voté au cm près par le conseil municipal de Marseille le 11 décembre 2017. Un accès restreint au site a été prévu, neuf jours par an, à partir d’une étroite bande d’accès et lors de visites organisées.


SOURCES C.I.Q Saint Victor – Corderie – Tellène et rues adjacentes & La Provence & Jean-Noël Beverini
PHOTOS Google Maps & Dominique Milherou Tourisme-Marseille

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Dominique
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